Tour d’horizon du label misant sur la passion et l’amour de la musique avant tout.

Infiné, créé en 2006 par Agoria, Yannick Matras et Alexandre Cazac, ancien salarié de Delabel, PIAS et Warp, peut être défini en 4 mots : piano, électro, minimal et techno. Basé à Paris, mais possédant des antennes à Lyon et Berlin, le label est de ces artisans de la modernité qui savent surprendre et convaincre de manière enthousiaste et créative. Leur devise ? « Easy music for the hard to please » (« De la musique facile pour les gens difficiles à satisfaire »). Sortant des sentiers battus, innovant en permanence et tanière de formidables producteurs et musiciens, c’est un label qui a désormais une place prépondérante dans le paysage musical français. À l’heure actuelle, le label gère près de 25 artistes, tous plus talentueux et prometteurs les uns que les autres. Soucieux d’anticiper l’évolution de la musique et des technologies avant la concurrence, Infiné sait aussi faire fi des codes et formats traditionnels. Ainsi, le label s’affirme comme l’un des seuls capable de sortir un disque d’un pianiste et de le faire remixer par un ponte de la techno. Artisan de la modernité, les releases d’Infiné ne sont pas que de la musique. Elles regroupent aussi tout un aspect visuel et affectif très fort qui lui permet de s’affirmer dans le paysage des maisons de disques indépendantes. Passionnés avant d’être financiers, les fondateurs déclarent ouvertement « Concrètement, à ce jour InFiné ne gagne pas d’argent en publiant de la musique. On s’en tire parce que certains albums, comme ceux de Danton Eeprom, Aufgang ou Apparat, marchent suffisamment pour payer les autres.» Place donc à la musique et aux artistes éminents d’Infiné.

 

FRANCESCO TRISTANO

C’est un peu grâce à lui que tout a débuté. Invité par sa femme à un concerto du jeune pianiste le soir de la Saint-Valentin 2005, au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, Alexandre Cazac tombe sous le charme du virtuose. Francesco Tristano, c’est celui qui parvient à mettre d’accord les acharnés de classique et de techno. C’est celui qui a publié onze albums, dont des enregistrements des Variations Goldberg de Bach. C’est celui qui a fait des tournées en soliste à 19 ans avec l’Orchestre national russe, l’Orchestre national de Lille ou l’Orchestre philharmonique du Luxembourg. C’est aussi le pianiste qui collaborera avec Carl Craig, Derrick May et qui aura sa Boiler Room dédiée. Bref, le mec pèse dans le game. Pour les locaux, il est passé à Nantes lors des dernières Folles Journées. Bah ouais, fallait le savoir. Revenons en 2005 quand Alexandre Cazac tomba raide dingue du jeune luxembourgeois. Plus que convaincu, il mettra le pied à l’étrier de ses collègues Agoria et Yannick Matras pour monter Infiné au plus vite et signer Tristano. L’année suivante, le label est né et Strings of Life, un remix du morceau du producteur de techno Derrick May repris au piano est leur première sortie. En 2007 paraît le premier album de Francesco Tristano, Not For Piano. Pour illustrer le talent de l’artiste, je vous propose d’écouter le morceau éponyme de son 3ème album : Idiosynkrasia que Ben Block a remixé, d’ailleurs.

AGORIA

Sébastien Devaud aka Agoria est issu de la longue lignée des producteurs français d’électronique qui ont percé dès la fin des années 90. Comme moi, Agoria est issu du milieu rural, de la commune de Valencin en Isère, 2.636 habitants. Comme moi, il lui a suffit d’une claque sonore pour que sa passion pour la musique se dévoile. En l’occurence, sa claque a été le morceau Good Life du producteur Techno de Détroit, Kevin Saunderson (Inner City). Il a alors 12 ans. À 15 ans, il assiste à un live Jeff Mills qui lui donne envie d’acheter ses premières platines. À 17 ans, il mixe en première partie de Richie Hawtin et Carl Cox. À 23 ans, il sort son premier projet en collaboration avec Marc Twins sur UMF Records. Aujourd’hui, après plus de 20 ans de carrière, Agoria a derrière lui près d’une cinquantaine de projets sortis sur de beaux labels comme Innervisions, Kompakt, PIAS, Hotflush et bien sûr Infiné. Le producteur qui continue de faire voyager sa musique autour du monde a confirmé son statut d’indétronable à la dernière édition d’Astropolis. Bref, en guise de présentation de l’univers d’Agoria, je vous invite à écouter Panta Rei, un extrait de « Impermanence« , son 3ème album sorti chez Infiné en 2010. Album sur lequel on peut retrouver notamment les participations de Seth Troxler et Carl Craig.

RONE

Je ne pouvais pas parler d’Infiné sans parler de mon chouchou. Je parle ici d’Erwan Castex plus connu sous le pseudonyme Rone. J’en profite pour en placer une pour les copains du Goûtez Electro de Nantes qui avaient programmé la bête un dimanche pluvieux de juin 2011. Seule une vingtaine de personnes avait à l’époque bravé les éléments pour le voir jouer. Quand on sait qu’aujourd’hui les places s’arrachent…
Issu d’une formation dans le milieu du cinéma, Rone s’est très vite intéressé aux instruments électroniques ; synthétiseurs en premier lieu. En 2008, après avoir produit quelques morceaux pour le berlinois Lucy, Rone balance à la face du monde son 1er EP, Bora, qui contient notamment la version frissonnante accompagnée du discours d’Alain Damasio. Il enchaîne avec l’EP La Dame Blanche avant de sortir son 1er album, Spanish Breakfast qui vient confirmer son univers mélancolique, pénétrant, fulgurant, cosmique, thérapeutique, radieux, onirique, optimiste et enchanté. J’avais plein d’autres adjectifs si vous vouliez. Mais c’est en 2012, après plusieurs nouveaux EP que la carrière de Rone prend vraiment son envol. L’album Tohu Bohu débarque et met tout le monde d’accord. Du début à la fin, cet album est parfait. Emmené par les morceaux Parade, Bye Bye Macadam et La Grande Ourse, il lui fait gagner la une des magazines spécialisés, une plus grande visibilité et lui ouvre la porte des plus belles festivités. Entre une tournée américaine et un passage à Coachella, des dizaines et des dizaines de festivals européens dont Nuits Sonores, Dour et le Sonar Festival, Rone est partout et défonce tout. En 2014, il est revenu avec Creatures, son dernier album et plus récemment, Vood(oo), son dernier EP qui était la pièce manquante au puzzle qu’est son live.

CUBENX

Cubenx est le 2nd artiste à être signé sur Infiné. Originaire du Mexique, Cesar Urbina est le produit d’une âme nomade en constante transition entre Paris, Berlin et Mexico. Il débute sa carrière sur le défunt label lyonnais I Need Records en 2006. L’année suivante, il signe sur Static Discos, label indépendant basé à Tijuana au Mexique ainsi que sur Infiné après s’être fait repérer par Agoria. Après deux EP sur le label français, Cubenx sort son premier album « On Your Own Again » en 2011. Entre post-punk, shoegaze et techno, le Mexicain lance un vrai pavé dans la mare électronique. Malgré tout et malheureusement, cet album restera assez confidentiel et il faudra attendre 2014 et la sortie de l’EP « Mercurial » pour que Cubenx sorte enfin du cercle des vrais initiés et conquière un public plus large. En 2015, il confirme les pronostics grâce à l’excellent album Elegiac. Avec son sound-design luxuriant, ses nappes fantomatiques, son ambiance ténébreuse, tourmentée, rêveuse, pêchue et son esprit british indémodable, Cubenx sera peut-être celui qui mettre d’accord les amateurs de rock et de musiques électroniques.

CLARA MOTO

Autrichienne d’origine, Clara Moto est une enfant du jazz et des classes de piano classique. Sa musique peut être qualifié de contemplative, intime et fragile. Repérée par Agoria, encore lui, en 2007 alors qu’elle fait la première partie du quatuor canadien Cobblestone Jazz au festival de Montreux, elle débarque spectaculairement dans le paysage électronique avec l’album Polyamour. Influencé par l’electronica, l’ambiant, le downtempo et même le hip hop et dubstep, elle a su canaliser le meilleur de chaque style pour en faire ressortir une poésie électronique enivrante. Avec ses mélodies cristallines, ses harmonies insaisissables et son onirisme pénétrant, Clara Moto est l’une des plus belles découvertes que j’ai pu faire en creusant au sein de le discographie du label Infiné. Elle récidive en 2013 avec un nouvel album, Blue Distance qui se retrouvera, lui aussi, encensé par la critique. Découvrez le bel univers de la productrice autrichienne avec un extrait de son album Polyamour :

DANTON EEPROM

On dit qu’il a appris à composer de la musique dans le studio de Jean-Jacques Goldman et Michael Jones. Considéré comme le nouveau dandy de notre siècle, le marseillais Danton Eeprom explose les frontières entre rock, new wave, pop, house et électronica. À l’image de cet imbroglio de styles et influences, ses albums sortis sur le label Infiné sont d’une infinie diversité, voire complexité. Tellement qu’on pourrait se demander ce qu’il y a de cohérent chez Dante Eeprom.
Retraçons très vite son parcours : Entre 2005 et 2006, il sort plusieurs EP voguant entre Deep, Techno, New Wave, Electro et Minimale. 2007 : il créé son propre label Fondations Records puis sort 7 EPs sur 7 labels différents dont l’EP Confessions of an English Opium Eater chez Infiné. Suite à cette année productive, on le retrouve alors notamment programmé au Panoramas Festival sous l’étiquette « live techno ». Il a déjà le costard et les cheveux lisses à la Gesaffelstein. Tout est cohérent jusqu’à présent. Tout va bien. 2008 : 4 nouveaux EP sur 4 labels différents dans cette veine électronique et de plus en plus hype. 2009 : Danton Eeprom avoue en avoir assez de ce milieu embourgeoisé, en perte d’inspiration et noyé dans les « Allez là », « À quelle heure la techno ?? ». Un virage incroyable s’opère. Il sort l’album Yes Is More en 2009 et devient un artiste incontournable et encore plus sollicité qu’avant. Un succès qu’il n’attendait pas et n’espérait pas tant que ça. L’oeuvre d’un enragé. Il s’éloignera des projecteurs pendant 4 ans et reviendra en 2013 avec un nouvel album, If Looks Could Kill, on ne peut plus éclectique. Pour illustrer son virage et saluer l’audace avec laquelle cela a été effectué, voici le morceau Give Me Pain tiré de Yes Is More sorti en 2009 chez Infiné. 

 

Voilà pour le label Infiné. J’aurais pu également évoquer aussi Bachar Mar-Khalifé, Aufgang, Apparat, Arandel, Bruce Brubaker, Downliners Sekt, Douglas Greed entre autres. Riche, précis, innovant et cohérent, ce label prend des risques, mise sur la passion et le talent d’artistes inconnus mais prometteurs. Sans jamais tomber dans l’avant-gardisme « excessif » et suivant leur credo, Infiné propose d’incroyables projets qui savent plaire aux oreilles averties comme aux novices. Longue vie à vous !

Alors c'était comment ?