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Les bad witches : Sudan Archives, Jojo Abot et Mother Moor

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Extase, transe, chaman, voyage spatial, expérimental et tonal, portes ouvertes vers des rythmes et des mélodies extra-musicales. Oui, paradoxal mais pas tout à fait hors propos, avec les bad witches Sudan Archives, Jojo Abot et Mother Moor.

Trois artistes aux univers différents et pourtant, une chose les rassemble : elles sont loin du commun des artistes-mortels. Ces bad witches ont le goût de leur monde intérieur, connecté à un autre, parallèle.

La première utilise le violon comme médium hypnotique (Sudan Archives), la seconde ne s’embarrasse pas de frontières et fait de sa voix le moyen par lequel un message divin arrive (Jojo Abot). Quand l’autre  va dénicher des sons qui grincent, saturent et dérangent nos oreilles souvent trop bercées par la banalité harmonique de nos siècles (Mother Moor).

Sudan Archives, la sybille

Violoniste, chanteuse et productrice, la jeune artiste venue d’Ohio âgée de 23 ans et , a un univers déjà bien dessiné. Originalité marquée et remarquée, elle a fraîchement signé chez Stones Throw records, contrat qui favorise le développement frotté de son violon rythmique.

Qui d’autre qu’une prophétesse pour laisser une trace du passé ? Sundan Archives écrit son histoire. Elle est cette artiste qui puise dans ses racines pour prophétiser son art.

Autodidacte elle n’apprend qu’à l’oreille. Et lorsqu’elle découvre les violons cadencés de l’Afrique du Nord, elle a sa révélation.


la manière dont ils le jouent est différent de la musique classique. Ce style a résonné en moi et je me suis dit que je pourrais l’utiliser couplé à la musique électronique

Son EP Sudan Archives de six morceaux est un magique assemblage de mélodies de violons hypnotiques,  presque extatiques.

Jojo Abot, l’ésotérique

Plus afro-punk que Jojo Abot ? Je ne vois pas… L’artiste ou devrais-je dire, l’oracle incarnée dans le corps de cette ghanéenne à l’énergie intarissable, subjugue de sa créativité en musique, en  littérature, en photographie et en tant que performeuse artistique.

Sa musique est une invitation à l’aiguisement auditif. Des sons venus de nulle part, des voix éthérées et incantations mystérieuses. Comme si l’oracle qui l’habitait n’était jamais loin de se révéler et de dire la vérité à nous, commun des mortels.

Moor Mother, la Mère des mères

Aka The Mother of the Mothers aka the Goddess of the goddess. Rien que ça. Et moi, je lui accorde volontiers. Elle peut même devenir la mère de ma mère si elle le souhaite; tant qu’elle continue avec disjoncter mes oreilles avec des morceaux aux tonalités brusques, improvisés ou totalement expérimentales.

C’est lors du festival Visions 2017 que je découvre Moor Mother en chair et en génie. Elle a une présence autistique. Ses longues dreadlocks sont les œillères qui lui permettent de concocter des sortilèges musicaux qui envoûtent, intriguent et font planer et/ou sauter.

Lorsque la potion a pris et qu’elle a commencé à vivre son live de manière intraduisible, j’ai eu une pulsion terrible : l’envie de monter sur scène et de laisser mon corps exulter.

Bonus à la mode bad witches !

Crédit article : Douce Dibondo aka Doudou aka la good witch

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« Astral Weeks » de Van Morrison, la place du mystique dans un album légendaire

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Avec Astral Weeks apparu fin des 60’s, Van « the man » Morrison a accouché d’un chef d’œuvre intemporel en pleine période révolutionnaire.

En cette fin d’année 68, Van Morrison alors âgé de 23 ans entre en studio accompagné de ses musiciens. Virtuoses jazz à qui il expliquera uniquement les structures basiques de ses compositions pour prioriser l’improvisation. De ces cessions d’enregistrement découleront 8 morceaux d’une odyssée spirituelle émotionnellement complexe et terriblement percutante.

 « Ain’t nothing but a stranger in this world »

Divisé en deux parties : In the beginning et Afterwards, ce dédale d’une clarté sensorielle évidente nous invite au voyage à travers le corps astral. Voix transpirante d’intégrité d’un gamin from Belfast en transe, car lui-même dépassé par la portée de ses créations, les arrangements musicaux renvoient à un chaos parfaitement ordonné et puissamment attractif.

D’une complexité analytique évidente, mais d’une réalité intuitive non négociable, Astral Weeks percute la part qui en chacun de nous nous surpasse, nous transcende.

Teinté d’érotisme, de douces mélancolies et d’une puissante profondeur emphatique.

L’introspection lyrique de l’artiste prend totalement sa part dans cette exploration extra-sensorielle quasi initiatique. Au cours de son immense carrière, Van Morrison aura toujours cherché à explorer le mystique. Frappé très jeune par les conflits religieux et très vite formé à l’ouverture spirituelle, Astral Weeks est en quelque sorte l’extrait de son essence. Album Ovni qui, 50 ans après, déploie encore sa portée éthérique.

Beauté qui réside dans l’idée que chacun de nous peut s’y retrouver, percevoir une résonance et une vision qui lui est propre. Alors laissez-vous tenter par l’aura d’un poète intègre et d’un album sans prétention, si ce n’est celle de proposer une intuitive communion

« Yeah, that’s when you fall
When you fall into a trance
Sitting on a sofa playing games of chance »

LETTRE OUVERTE : « Dour Festival c’était bien, mais… »

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Lettre ouverte à l’un des festivals qui nous est le plus cher. Ne cherchez pas la critique facile ou l’esprit de contradiction ici. Ces mots sont ceux d’un festivalier aimant Dour et souhaitant le voir évoluer chaque année. Et non pas qu’en terme de nombre de festivaliers accueillis…

 


 

« Un grand philosophe a dit un jour « je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai ». J’ai fait mon premier Dour l’an dernier, et c’est comme si on s’était toujours connus. Certainement une des plus belles expériences de ma vie, qui s’explique en ce mot simple : l’amour. Moi qui adule tant la saison des festivals, j’ai trouvé en toi une sorte de pèlerinage, une sorte de rite qui s’accomplirait comme par magie. J’ai été frappé par cette communion qui se dégage, cette immense fratrie qui se crée dès que l’on pose le pied sur cette Plaine de la Machine a Feu.

Cette machine, c’est un peu une grosse boule en perpétuelle ébullition, pleine de chaleur, crépitant doucement par endroits, grondant ailleurs, et qui entre en éruption en plein milieu de la nuit, sans prévenir.
Mais, parfois une immense machine a besoin d’une petite révision. Une sorte d’upgrade comme on dirait dans la start-up nation.

 

 

Et quoi de mieux qu’une mise à jour pour passer au numérique ! Le Dour 2.0 dirait en premier lieu adieu à ces tickets food & drinks, et passerait à un système cashless, déjà adopté par presque tous. Il paraît incompréhensible de rester à un système papier, ingérable au final pour à peu près tous. Et, pour éviter d’avoir le prix en tête à chaque commande, on transpose le système de valeur des tickets sur le système cashless. Une belle économie qui fait aussi du bien à la planète, qui te tient visiblement tant à cœur.
Dans la même veine, un Dour 2.0 se débarrasserait de ces gobelets en plastique mou. Déjà, c’est pas joli à dire, alors qu’eco-cup c’est international. Mais les principales raisons de ce changement seraient écologiques, d’une part, économiques d’autre part. Même si la responsabilisation des festivaliers sur le ramassage des déchets est plus qu’excellente, il serait bien plus simple d’investir dans des gobelets réutilisables que les gens ne jetteraient pas du coup, encore moins par terre. Et qui permettrait chaque année d’avoir un stock pré-disponible et de moins investir édition après édition.
Une certaine économie qui permettrait au Dour 2.0 d’investir un peu plus sur ses sanitaires au sein du festival. Non pas en nombre, mais plutôt en qualité. Alors certes, on ne va pas en festival avec l’idée que faire caca sur place va être agréable. Mais on ne pense pas non plus sentir les douces effluves du printemps anal de nos camarades tant aimés. Meilleur système d’évacuation ? Isolement total des sanitaires ? Moins de sanitaires mais plus « propres » ? Toutes les pistes sont à envisager, à toi de voir.
Ou alors, on file autre chose à manger aux festivaliers. Il faut avouer, tout de même, que tout ce qui est « abordable » sur le site n’est pas forcément de très bonne qualité. Si, encore une fois, on ne vient pas en festival pour espérer s’attabler à un trois étoiles, un petit effort pourrait du moins être consenti sur la qualité des snacks servis à un tel prix. Du Hellfest au Visions, une  multitude de petits et grands festivals peuvent servir d’exemple à cela…
Le Dour 2.0 reviendrait à la version 2016 de l’emplacement des scènes. Petit pincement au coeur : le Dub Corner ne pouvait être mieux que là où il était l’an passé. Quelle joie d’être l’idole des junks (pas que) ! Son aspect sac-poubelle totalement isolé du reste du site ne donnait guère envie d’y rester plus que le temps d’une clope magique. Un havre de paix aussi agréable à vivre que le bar du Petit Bois, où l’on avait envie de rester des heures à prendre des coups de soleils face aux sound-systems, bien nichés tout au fond du terrain, a l’abri des regards.

 

DOUR 2017 © Cyprien Delire

 

Dans la mouture 2017 du festival, beaucoup n’ont pas retrouvé cette grande famille dont je te parlais tout à l’heure. De par le rétrécissement conséquent de l’espace additionné à l’accueil de toujours plus de festivaliers, la disparition de ces immenses tablées entre le Labo et la Petite Maison dans la Prairie (version 2016), la réduction du nombre de scènes, on sent parfois la bonne vibe s’estomper et un sentiment d’oppression accru. Pour laisser place, seulement, à une immense machine sans âme qui tourne continuellement sans réfléchir, sans adaptation, sans évolution. Et c’est bien dommage !

 

Et on garde tout le reste. La majestueuse Red Bull Elektropedia, le doux bar du Petit Bois, cette programmation d’un éclectisme inégalé, cet immense camping totalement bordélique, l’incroyable investissement de toute cette équipe de bénévoles sur ces 5 jours, ce surprenant marché aux puces, et définitivement, tout cet amour que l’on prend en pleine gueule continuellement.

 

DOUR 2017 ©Daniil Lavrovski - Red Bull Elektropedia

 

DOUR C’EST L’AMOUR
PS : Même si ça se voit pas, ces idées sont surtout des questionnements, sur la responsabilité d’un festival qui accueille 250 000 festivaliers sur 5 jours. Alors s’il te vient l’envie de répondre, n’hésite pas. Bisous. »

Simon A., un festivalier qui t’aime

Delawhere délivre Still Lifes, un mix d’exclusivités paratonnerre

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Delawhere a le don de scotcher. Artiste double face, Still Lifes fait la liaison directe avec le fond de sa forme, en lévitation au dessus de la surface.

Musique bricolée au centimètre près, intrication d’effervescences décachées, matérialisation de sonorités couplées à des titres évocateurs, Delawhere se situe en début de mêlée, slalome entre les étiquettes et contracte de l’intensité magnétique minutieusement transférée des segments XY aux points G.

Talent insuffisamment dénoncé, suivant les courants sauvages d’un Valentin Stip en road trip avec Gidge, Maxime a le mérite d’attirer sur lui tous les pouces levés, de stimuler par la seule traction de ses morceaux, le plaisir des suspensions et autres clapotis imaginatifs. À chaque push-to-the-play de son 1er album Still Alive sorti en décembre dernier, le mystère d’un cycle se découvre, invoque reine de l’attention et dieu du silence.

Pour permettre un déclic en un seul clic, place à sa récente parution mixée, fraîchement imbriquée à de nouveaux sons : Still Lifes. Entre LP et mix, la légère nuance appellative fidélise, garantit encore et toujours la griffe d’un créatif à mille lieues de la mise sous vide.

Résilience symbolique qui se ressent à l’écoute du défilement par minute des tempos tic et tac, la pianistique du maestro mélancolique proteste et incorpore scènes cinétiques aux transitions des attaques. Dit différement, nappes frénétiques des échos ricochent et transitent avec douceur dans le réseau synaptique.

Live d’une heure et deux minutes à quatre saisons. L’automne des coups tombés, l’hiver essoufflé par un thermomètre qui a mal tourné, la saison printanière des fleurs fanées… Ce set comme l’opus vise l’été et place la renaissance des humeurs au premier plan. Silence du rêve, délire du bruit, corps et textes entêtés dans l’insensé… Ici, tout ce qui s’écoute bien s’annonce clairement.

Crédit photo : Daria Esikova

Bei Bei & Shawn Lee – « Year Of The Funky », entre funk, guzheng et douceur

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En 2010, Bei Bei & Shawn Lee avaient sorti un premier album collaboratif chez Ubiquity Records intitulé « Into The Wind ». Ils reviennent cette année avec un deuxième album : « Year Of The Funky ». Entre leurs multiples projets solo, les deux musiciens ont trouvé le temps de s’associer pour ce nouveau projet et ça ne peut que nous ravir.

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AFROCENTRÉ – La compilation qui réchauffe les corps

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En ce moment personne ne pourra le nier mais on se les gèle littéralement partout en France. J’ai bien compté sur mes doigts et il va encore falloir attendre au moins cinq bons mois avant de pouvoir se dorer la pilule au soleil ou du moins laisser les pulls et les manteaux aux placards. Mais on a un p’tit truc rien que pour toi qui va te faire l’effet d’un chocolat chaud supplément chantilly près du feu, rien que ça. En ce début d’année, Kuroneko vient de sortir une compilation de 21 titres qui va vous faire voyager au cœur d’un des continents les plus chauds de la planète.

Afrocentré, met en avant l’identité particulière et les apports des cultures africaines à l’histoire mondiale, ici plus particulièrement l’influence de la musique noire africaine sur la musique mondiale. On retrouve dans cette compilation un groupement d’artistes aux cultures et aux origines différentes mais avec un amour commun pour le continent africain.

Si la majorité des artistes présent sur la compilation sont nés ou sont originaires du continent africain certains d’autres y ont voyagé, enregistré leur morceaux ou viennent de capitales européennes chargées d’histoire et de culture africaine de part nombreuses références historiques

Afrocentré se veut comme les artistes qui la composent, éclectique. Chacun devrait donc pouvoir y trouver son compte.

Entre Peter Solo, le chanteur et guitariste togolais accompagné de musiciens lyonnais a donné vie à Vaudou Game. Groupe hybride, mélange entre l’afro-funk des 70′, chants vaudou et blues. Le résultat est plutôt groovy.

Né à Bruxelles d’un père Angolais et d’une mère Congolaise, Petite Noir est un artiste multi-culturel. Vivant aujourd’hui entre Londres et le Cap en Afrique du Sud il a su puiser dans ses poly-cultures et dans ses influences très diverses. Musiques électroniques, afro-beat, rap et même post punk : un cocktail « enirainant » (mélange d’enivrant et entraînant).

Cet été le duo Pouvoir Magique, membres du Mawimbi Crew, nous avez donné un sacré coup de chaud avec Eclipse, titre éponyme de l’EP. Une rythmique percutante, des gros vocaux qui sentent bon la messe voodoo. Bref pas étonnant de les retrouver ici. Et lorsque BATUK, le collectif star de la house de Johannesburg, fondé par Spoek Mathambo remix le truc, alors là laissez moi vous dire que c’est plutôt très chaud.

Afriquoi nous sert une afro dance music, mêlant guitare congolaise, kora gambienne mixée à la perfection avec l’univers de la musique électronique contemporaine. Le résultat donne une musique puissante mêlant house, soul, jungle et musiques africaines qui va à coup sûr vous faire user vos paires de baskets sur le lino du salon de tante Jeannine.

D’origine portugaise, vivant actuellement au Pays-Bas c’est grâce encore une fois aux mélanges des cultures et au brassage des influences que le DJ Rocky Marsiano produit sa musique. Entre les rues de Lisbonne aux douceurs d’Afrique et les différentes amitiés liées au Cap Vert et en Angola on retrouve une richesse musicale qui ne pourra vous laisser indifférent.Meu Kamba Vol. Dois, son dernier album sorti en avril 2016 est une pépite qui regorge de samples afro-jazz et funk, une galette que tout digger averti devrait avoir dans sa collection.

Ibibio Sound Machine est un groupe londonien mené par l’anglo-nigérianne Eno Williams. C’est l’alliance parfaite entre plusieurs genres musicaux. Une pincée de highlife, une touche d’electro, quelques gouttes de disco le tout saupoudré d’une funk acidulée aux synthé, une recette qui fonctionne à la perfection. On s’en lèche les babines.

Maintenant qu’on vous a mis l’eau à la bouche avec ce petit avant gout de la compilation Afrocentré. On vous pose ici le player pour que vous puissiez écouté tout ça au calme et régaler vos oreilles.


Header © Charlélie Marangé