LETTRE OUVERTE : « Dour Festival c’était bien, mais… »

LETTRE OUVERTE : « Dour Festival c’était bien, mais… »

Lettre ouverte à l’un des festivals qui nous est le plus cher. Ne cherchez pas la critique facile ou l’esprit de contradiction ici. Ces mots sont ceux d’un festivalier aimant Dour et souhaitant le voir évoluer chaque année. Et non pas qu’en terme de nombre de festivaliers accueillis…

 


 

« Un grand philosophe a dit un jour « je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai ». J’ai fait mon premier Dour l’an dernier, et c’est comme si on s’était toujours connus. Certainement une des plus belles expériences de ma vie, qui s’explique en ce mot simple : l’amour. Moi qui adule tant la saison des festivals, j’ai trouvé en toi une sorte de pèlerinage, une sorte de rite qui s’accomplirait comme par magie. J’ai été frappé par cette communion qui se dégage, cette immense fratrie qui se crée dès que l’on pose le pied sur cette Plaine de la Machine a Feu.

Cette machine, c’est un peu une grosse boule en perpétuelle ébullition, pleine de chaleur, crépitant doucement par endroits, grondant ailleurs, et qui entre en éruption en plein milieu de la nuit, sans prévenir.
Mais, parfois une immense machine a besoin d’une petite révision. Une sorte d’upgrade comme on dirait dans la start-up nation.

 

 

Et quoi de mieux qu’une mise à jour pour passer au numérique ! Le Dour 2.0 dirait en premier lieu adieu à ces tickets food & drinks, et passerait à un système cashless, déjà adopté par presque tous. Il paraît incompréhensible de rester à un système papier, ingérable au final pour à peu près tous. Et, pour éviter d’avoir le prix en tête à chaque commande, on transpose le système de valeur des tickets sur le système cashless. Une belle économie qui fait aussi du bien à la planète, qui te tient visiblement tant à cœur.
Dans la même veine, un Dour 2.0 se débarrasserait de ces gobelets en plastique mou. Déjà, c’est pas joli à dire, alors qu’eco-cup c’est international. Mais les principales raisons de ce changement seraient écologiques, d’une part, économiques d’autre part. Même si la responsabilisation des festivaliers sur le ramassage des déchets est plus qu’excellente, il serait bien plus simple d’investir dans des gobelets réutilisables que les gens ne jetteraient pas du coup, encore moins par terre. Et qui permettrait chaque année d’avoir un stock pré-disponible et de moins investir édition après édition.
Une certaine économie qui permettrait au Dour 2.0 d’investir un peu plus sur ses sanitaires au sein du festival. Non pas en nombre, mais plutôt en qualité. Alors certes, on ne va pas en festival avec l’idée que faire caca sur place va être agréable. Mais on ne pense pas non plus sentir les douces effluves du printemps anal de nos camarades tant aimés. Meilleur système d’évacuation ? Isolement total des sanitaires ? Moins de sanitaires mais plus « propres » ? Toutes les pistes sont à envisager, à toi de voir.
Ou alors, on file autre chose à manger aux festivaliers. Il faut avouer, tout de même, que tout ce qui est « abordable » sur le site n’est pas forcément de très bonne qualité. Si, encore une fois, on ne vient pas en festival pour espérer s’attabler à un trois étoiles, un petit effort pourrait du moins être consenti sur la qualité des snacks servis à un tel prix. Du Hellfest au Visions, une  multitude de petits et grands festivals peuvent servir d’exemple à cela…
Le Dour 2.0 reviendrait à la version 2016 de l’emplacement des scènes. Petit pincement au coeur : le Dub Corner ne pouvait être mieux que là où il était l’an passé. Quelle joie d’être l’idole des junks (pas que) ! Son aspect sac-poubelle totalement isolé du reste du site ne donnait guère envie d’y rester plus que le temps d’une clope magique. Un havre de paix aussi agréable à vivre que le bar du Petit Bois, où l’on avait envie de rester des heures à prendre des coups de soleils face aux sound-systems, bien nichés tout au fond du terrain, a l’abri des regards.

 

DOUR 2017 © Cyprien Delire

 

Dans la mouture 2017 du festival, beaucoup n’ont pas retrouvé cette grande famille dont je te parlais tout à l’heure. De par le rétrécissement conséquent de l’espace additionné à l’accueil de toujours plus de festivaliers, la disparition de ces immenses tablées entre le Labo et la Petite Maison dans la Prairie (version 2016), la réduction du nombre de scènes, on sent parfois la bonne vibe s’estomper et un sentiment d’oppression accru. Pour laisser place, seulement, à une immense machine sans âme qui tourne continuellement sans réfléchir, sans adaptation, sans évolution. Et c’est bien dommage !

 

Et on garde tout le reste. La majestueuse Red Bull Elektropedia, le doux bar du Petit Bois, cette programmation d’un éclectisme inégalé, cet immense camping totalement bordélique, l’incroyable investissement de toute cette équipe de bénévoles sur ces 5 jours, ce surprenant marché aux puces, et définitivement, tout cet amour que l’on prend en pleine gueule continuellement.

 

DOUR 2017 ©Daniil Lavrovski - Red Bull Elektropedia

 

DOUR C’EST L’AMOUR
PS : Même si ça se voit pas, ces idées sont surtout des questionnements, sur la responsabilité d’un festival qui accueille 250 000 festivaliers sur 5 jours. Alors s’il te vient l’envie de répondre, n’hésite pas. Bisous. »

Simon A., un festivalier qui t’aime

Alors c'était comment ?