De nombreuses semaines que j’hésite. Je prends mes mots, les assemble, les découpe puis les recoupe. Fin de phrase. À la ligne. Retour sur mes pas. Page blanche. C’est donc avec le verbe bien aiguisé que je prends le large, la plume entre les dents. Les gens disent souvent qu’il ne faut jamais rien remettre au lendemain, qu’il est nécessaire de prendre son courage à deux mains et de se lancer. Je pige le principe et les bienfaits, mais quoi de plus difficile quand il s’agit de déclarer sa flamme. Ici, on ne parle pas de l’idylle d’un soir hein, mais d’une histoire qui dure. Trois ans que je fais macérer mes sentiments comme deux tranches d’ananas dans du rhum Charrette.

 Oddisee, tu es de ces mecs capables de m’accompagner à la fois dans mes dimanches enfumés et dans une Ligne 13 parisienne blindée un lundi matin. Tu es ma botte secrète quand il faut choisir la prochaine musique dans une soirée, mon sujet d’accroche quand je souhaite rentrer accompagné. Tu plais à mes potes, tu plais à ma mère. Tu fais partie de ces gens qui ne prennent pas la température d’une soirée, mais qui la donnent. Oddisee, sans toi, la vie serait bien plus compliquée. La première fois que mes oreilles se sont retrouvées face à ton « Traveling Man », elles n’ont plus jamais voulu te quitter. Ces 24 pistes, je les considère comme autant d’escales qui me permettent de boucler mon tour du monde en à peine 45 minutes. Soyons clair, tu as sans doute frustré une armée de rookies avec des titres aux durées variables. 1’03, puis 1’33 et 1’08. Prises séparément, tes chansons ont un arrière-goût d’inachevé. Raison de plus pour inviter l’auditeur à écouter l’album dans son ensemble. Une œuvre en 24 étapes, pour autant de saveurs.

 À chaque écoute, je me surprends à prendre des airs de Phileas Fogg des temps modernes. Je marque ma première escale remarquée à Miami et profite des notes justes et puissantes qui me donnent l’assurance nécessaire dans mon périple. Je découvre ensuite les délices de Khartoum et ses danses enivrantes, et embarque pour Tokyo. Là bas, je ne résiste pas bien longtemps aux basses. Dans un jeu de séduction, elles s’approchent, me tentent et m’imposent leurs charmes. Suivent Lagos, Melbourne et Boston. Trois atmosphères tellement différentes qui me donnent à chaque fois l’envie de rester un peu plus longtemps. Puis Philly. Ah Philly. J’avoue avoir pensé mettre fin à mon périple pour m’installer définitivement là bas. Je suis totalement sous le charme de cette piste, elle ne me quitte plus. Comme dans tout road trip, repartir d’une ville où on se serait vu passer au moins une vie et demi n’est pas chose aisée. Heureusement, San Fran et Inglewood, mes prochaines villes étapes me font du pied. Les kilomètres s’enchaînent, les découvertes s’accumulent et mon carnet de voyage se remplit. Je pose mes écouteurs à Detroit et réalise que cet arrêt représente ma vingtième découverte depuis le début de mon périple. Après écoute, c’est sans doute l’une des meilleures. Comme à Boston, je suis intrigué par l’atmosphère qui se dégage. Paysage nocturne, pensées sombres et bien-être. Paradoxe envoutant.

Après un passage à Chicago, Las Vegas et DC, je conclus mon voyage à Houston. Destination finale, qui donne envie de composter une nouvelle fois son billet. 45 minutes pour un tour du monde, c’est définitivement trop court. Embarquement immédiat, le tout en lecture aléatoire, histoire d’être une nouvelle fois surpris par les trajectoires.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.