Watchdog nous transporte les sens en alerte

Watchdog nous transporte les sens en alerte

watchdog-can-of-worms

Watchdog est un groupe Rhône-Alpin emmené par Anne Quillier au piano, Fender Rhodes et Moog ; Pierre Horckmans à la clarinette (Sib, alto et basse, effets) et Adrian Bourget au traitement sonore.

C’est via le collectif/label indépendant Pince Oreille qu’ils sortaient à l’automne dernier leur deuxième album Can of worms.

Quand on regarde dans le dico pour traduire ce titre, on tombe sur «sac de noeux», «panier à crabe», «guêpier» ou «boîte de pandore». L’expression littéralement signifie «boîte de vers». … De quoi réveiller la malice et les désirs malsains. Can of Worms est grandement recommandé pour tous ceux qui trouvent la beauté et la créativité dans la folie de foncer consciemment droit dans le mur.

Une musique aventureuse. Proche du jazz car les compositions sont avant tout instrumentales et donnent la belle part à l’improvisation. Proche de la pop pour les mélodies nues et chantantes. Et proche du rock et du punk pour un goût du dérapage non censuré et progressif. C’est une musique qui explore des zones sombres, les perce et débouche vers des ondes calmes et pleines. Cap vers la catharsis.

Dans un article Djam magazine, la journaliste Flore Caron cite des propos de Watchdog recueillis dans le contexte de leur premier album et qu’elle fait valoir pour Can of Worms. Il s’agit de «mélanger l’électricité stridente à la douceur de la vibration acoustique», «conjurer les coups durs que génèrent nos sociétés modernes souvent pétries de violence et de non-sens». Enfin : «filtrés par la musique, les sujets et les sentiments les plus durs ressortent comme apaisés».

Watchdog exerce et transmet ainsi un processus thérapeutique de la musique, qui loin de n’être qu’un moyen d’extérioriser replié sur soi, partage une énergie super puissante. Dans la douceur et dans la rage :

Comme dans «Intro», où la candeur de la voix d’Anne Quillier en suspens se construit avec l’impulsion grunge du clavier et le bourdon monté en tourbillon par Adrian Bourget.


Et «Sinking» qui commence comme une comptine. Puis un truc qui gratte  frappe – tenace. Se diffuse vers une ouverture, palpite joue et explore – se retient…    s’éveille et s’agrandit. La clarinette devient loup et hurle à la lune, soulevée par la gravité crépitante du clavier et des effets –  Vague de basse qui pulse et s’émousse.


Arpenteur tout terrain, Watchdog : «chien de garde» ou «sentinelle» en anglais, tâtonne expérimente et creuse le sillon jusqu’à la moelle quand ça flaire la symbiose.

Pour ça, le groupe imprègne des influences très variées. Interviewée pour La Gazette Bleue, Anne Quillier cite l’album Bitches Brew de Miles Davis ; Frank Zappa et Chick Corea. Dans l’article de Djam cité plus haut: Watchdog déclare «S’il fallait rapprocher cet album de certaines esthétiques, imaginez un mélange entre l’ascétisme d’Arvo Pärt dans sa période minimaliste, la folie naïve de Philippe Catherine, l’hyper sensibilité d’Ambrose Akinmusire, Vijay Iyer, ou encore John Adams, nos copains de Chromb … tous ces musiciens et bien d’autres encore qui nous passionnent et nous inspirent».

Bien puisqu’ils en parlent, on se permet un détour sur le chemin de la grâce.

       

«My heart’s in the Highlands», le compositeur estonien Arvo Pärt a mis en musique le texte éponyme écrit par le poète écossais Robert Burns en 1789. L’œuvre a été enregistrée sous le label britannique Hyperion-records en 2000. Elle est ici interprétée par le contre-ténor David James à qui la composition est dédiée, et l’organiste Christopher Bowers.

Cette justesse qui laisse coi à l’écoute d’Arvo Pärt, on la sent avec la musique d’Anne Quillier et Pierre Horckmans. Les deux membres instrumentistes de Watchdog se connaissent depuis le conservatoire (Chambéry) et ont développé une écoute mutuelle qui dépasse l’entendement.

En tous cas, les conditions d’un langage aussi fusionnel permettent des explorations ludiques. Que l’on peut percevoir dans «True anomaly». Des petites touches éparses, comme un gamin qui fait des notes juste pour appuyer une surface. C’est le piano préparé d’Anne Quillier.

Parfois, on dirait que les évolutions se calquent vraiment sur un rythme d’émotions à l’image du flux et du reflux de la mer comme peut l’évoquer la pochette illustrée par Agnès Ceccaldi. On y voit un petit chien suspendu en l’air au dessus de l’océan. Le Watchdog se laisse porter dans le vide, à la dérive.

En digression, petite dédicace et grosse tendresse, on pense au dernier album de Disiz la Peste Pacifique qui expliquait dans une une interview Rapelite ce titre en évoquant le flux et le reflux de l’océan et son analogie avec le va et vient des émotions. Aller, ça sert à rien de résister :

       

Fermée la parenthèse.

Watchdog poursuit des sons qui infusent les sens. Les effets sonores modulés en live par Adrian Bourget (ingénieur du son artificier) à partir de la matière instrumentale donnée par Anne Quillier et Pierre Horckmans nous plongent dans un monde où les sons se diffusent lentement et à un autre moment vont se fracasser. Un monde où il y a autant de place pour la note frappée que pour son spectre en échos.

«Même si le résultat sonne simple et naturel, il n’empêche que notre dispositif est devenu au fil du temps assez complexe : nous ne sommes que deux instrumentistes mais les sons que nous produisons sont divisés en dix-sept lignes indépendantes qui nous relient au système de sonorisation et qui permettent à Adrian un contrôle complet sur la restitution du son au public. C’est ce qui rend efficace et audible par tout notre travail sur les nuances, le timbre et la matière sonore et cela ne lui laisse aucun répit en concert»

Adrian Bourget optimise et créé aussi l’osmose entre Anne Quillier et Pierre Horckmans. Dans «Can of Worms», titre éponyme de l’album, ces «17 lignes» qu’il manipule s’étirent en plaintes aiguës et font tanguer la stéréo.

Watchdog réalise une musique tentaculaire et incarne en même temps une identité perceptible. Une essence qui après s’être mise dans tous ces états, semble se poser et tendre vers la sérénité.

L’anecdote mimi: lors d’un entretien pour Citizenjazz, le journaliste Raphael Benoit demande à Anne Quillier son meilleur souvenir de concert.

Anne Quillier : «J’en ai deux ! En Uruguay avec le sextet et à la Réunion avec Blast (…)».

Le journaliste : «Comment vous êtes vous retrouvés à jouer là-bas ?»

Anne Quillier : «Après avoir démarché de nombreux lieux, un jour Pierre reçoit une proposition par mail pour jouer à St Denis. Il demande comment cela se passe pour les défraiements, et là on lui répond que les billets d’avion sont pris en charge. C’est alors qu’il a compris que ce n’était pas St Denis dans le 93 !»

 

Pour les curieux, quelques concerts à venir :

Vendredi 12 janvier 2018 à 20h30
lieu : la Faïencerie
ville : la Tronche

Lundi 15 janvier 2018 à 19h00
lieu : Movimiento Cultural Jazz a la Calle
ville : Soriano
(Uruguay)

Samedi 17 mars 2018 à 20h00
lieu : la Gare (Association A.V.E.C.)
ville : Maubec

Jeudi 22 mars 2018 à 20h30
lieu : la Petite Halle
ville : Paris

Alors c'était comment ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.