À l’occasion du Festival Indigènes à Nantes et de la carte blanche donnée au label Pain Surprises, nous avons eu la chance de rencontrer Eliott a.k.a Petit Prince. 

Soundigger : Merci Petit Prince d’être là pour cette interview. Tu es donc l’un des fondateurs du label Pain Surprises, tu fais de la musique depuis 3 ans c’est ça ? Même un peu plus longtemps que ça ?

Petit Prince : J’ai sorti mon premier EP il y’a 2 ans mais j’ai commencé la musique quand j’avais 4 ans. Je regardais ma soeur prendre des cours de piano et vers 8 ou 9 ans j’ai du commencer le violoncelle.

Soundigger : Est ce que tu peux te présenter en 3 mots ?

Petit Prince : Alsacien. Mélomane et concentré.

Soundigger : Tu peux expliquer un peu pourquoi ces trois mots ? Bon, alsacien je pense qu’on s’en doute mais le reste ?

Petit Prince : Alsacien parce que je suis né là-bas et je me sens de là-bas vraiment, je sens que ce sont mes racines. Même si j’ai pas envie d’y vivre, je sais pas comment dire, y’a un truc quand j’entend l’accent alsacien. Ça m’apaise.
Mélomane parce que depuis tout petit vraiment j’écoute beaucoup de musique, mon père écoutait beaucoup de musique et j’ai toujours adoré ça. Depuis que je suis petit je met la musique fort dans ma chambre en gros.
Et j’ai dis concentré ? Mais c’est pas ça, c’est que j’ai un côté en même temps très nuage, tête en l’air et en même temps un côté très cartésien, voilà c’est le mot, cartésien. Je suis très cartésien en fait, c’est le paradoxe.

Soundigger : On sait que tu as eu une formation classique de violoncelle au conservatoire, du coup comment tu t’es retrouvé dans l’électro après cette formation ?

Petit Prince : Alors en fait j’ai commencé le violoncelle quand j’avais 9 ans, je faisais violoncelle et piano. J’aimais beaucoup ça mais après j’ai découvert la musique en groupe. En gros des potes cherchaient un chanteur pour un groupe et comme j’avais jamais eu de groupe et que j’avais trop envie j’ai dis que j’étais chanteur alors que c’était pas vrai. On a fait des tests et finalement ils ont trouvé que je chantais pas trop mal alors ils m’ont prit dans le groupe et c’est là que j’ai fais de la guitare, beaucoup de jam sessions et la découverte du rock psychédélique, tout ça. J’avais 16 ans, j’ai fais la découverte de la weed, de toutes ces choses. Et quand je suis arrivé à Paris, en fait quand je jouais de la guitare mes voisins venaient frapper chez-moi en me disant d’arrêter donc j’ai commencé à faire de la musique sur mon ordinateur et à découvrir la musique électronique donc bon an mal an c’est ça. C’est la force des choses.

Soundigger : Ton groupe c’était « Noise Child » c’est ça ? Tu peux nous en parler un peu plus ?

Petit Prince : Ouais, enfin c’était un groupe où on faisait des reprises, c’était pas super. J’ai des démo si vous voulez, je pourrai vous les envoyer. Sinon rapidement en fait c’est devenu « Noise Child & RSK » qui était le groupe de Jacques à l’époque et on s’est un peu mêlés. Disons que les plus intéressés par la musique de « RSK » et les plus intéressés par la musique de « Noise Child » se sont retrouvés à faire de la musique ensemble mais jamais à enregistrer, y’a jamais eu de nom. Juste on se retrouvait dans une cave à Strasbourg et on faisait de la musique ensemble, voilà ça ressemblait à ça.

Soundigger : Et après comment t’en es venu à monter ton propre projet ?

Petit Prince : Tu veux dire mon projet solo ? Bah c’est ça, Paris. Le concept de Paris c’est que je suis passé d’habiter dans une petite maison avec ma maman à habiter dans 16 m2 tout seul donc t’as plus les mêmes activités. À Strasbourg, on avait un accès à des caves, à des lieux où on pouvait être ensemble. À Paris non. C’est plus solitaire donc j’en suis venu à faire de la musique tout seul. C’est grâce à mes voisins en fait et à la politique immobilière de la ville de Paris je pense.

Soundigger : Et maintenant que tu as connu les deux, tu préfères faire de la musique tout seul ou en groupe ?

Petit Prince : En groupe je pense. En fait je me rend compte que je suis beaucoup en studio avec d’autres artistes et je fais de moins en moins de musique tout seul parce qu’il y a « l’effet ping pong » du groupe. Dès qu’il y en a un qui a un peu un coup de mou, c’est l’autre qui prend le relai et qui donne envie au premier de trouver une autre idée. Quand t’es seul, si tu fais de la musique 1h et que ce que tu fais c’est pas très bien, tout de suite ça te met dans un espèce d’état où t’es pas content de toi et du coup tu t’arrêtes. Je pense qu’à deux y’a toujours l’autre qui vient relever, enfin voilà c’est surtout de l’entraide je pense.

Soundigger : Et du coup ça se ressent dans ton travail les affinités avec les gens avec lesquels tu travailles généralement ?

Petit Prince : Bah le morceau que j’ai fais « DemiTour » c’est un morceau qu’on a commencé à deux, vraiment on a fait une première boucle ensemble avec Benjamin de Grand Soleil. On a fait la première boucle ensemble et après il est parti et là c’est moi qui ai fait tout le travail, enfin j’ai transformé une boucle de 20 secondes en un morceau quoi. Donc c’est peut être un truc que je devrais refaire plus. Après, ces dernières années, j’ai eu des galères d’endroits où même chez moi je pouvais plus faire de musique parce que j’avais plus la place. J’habitais avec ma copine dans 18 m2 à deux avec un chien donc caler mes synthés devenait compliqué, mais là je m’y remet. J’ai de nouveau un endroit, un petit cocon, où je peux faire de la musique.

Soundigger : Dans ton EP y’a quelques uns de tes sons qui ressemblent un peu au titre de Grand Soleil justement, qui s’appelle « Indian Poem ». Qu’est ce que t’en penses toi ? Est ce que tu t’es un peu inspiré de lui ?

Petit Prince : Alors Grand Soleil c’est un couple de frères, je dis un couple parce qu’ils s’engueulent tout le temps. Et je ne pense pas en fait, enfin je pense que c’est plus qu’on s’inspire des mêmes choses. Ils m’ont fait découvrir plein de musiques, je leur ai fait découvrir plein de musiques donc il doit y avoir ça. Et puis on a tous les trois cette fascination pour le matériel de studio, on est tous un peu fans des vieux synthés, des effets. Et puis on est un peu pareils dans le sens où on est des angoissés tous les trois, on n’aime pas trop chanter mais on chante quand même, donc voilà je pense qu’on est un peu pareils c’est pour ça.

Soundigger : Donc au final tu peux dire que les autres artistes de Pain Surprises t‘influencent ?

Petit Prince : Oui oui énormément. J’ai vraiment découvert beaucoup beaucoup de musiques avec Jacques, c’est lui qui m’a fait découvrir tout ce qui est funk. Même le rock psychédélique, c’est ce que mes amis m’ont fait découvrir, Jacques, Arthur. Aujourd’hui je m’inspire beaucoup de ce que me font découvrir Emile et Neysa (UTO ndlr), forcément.

Soundigger : Et pour tes prochains projets, t’as déjà des idées?

Petit Prince : J’aimerais bien plus mettre l’accent sur le texte et plus l’accent sur les batteries aussi. Je trouve que mes batteries sont très minimalistes dans mon premier EP, en gros c’est des sons de 808 sur des rifs de batterie un peu rock quoi. Donc je pense que c’est là-dessus que j’aimerais progresser.

Soundigger : Ça va être dans un univers un peu différent de ce que tu fais déjà ?

Petit Prince : Non ça je pense pas, parce que j’y arrive pas en fait. C’est à dire que dès que je sens une piste c’est souvent quand je reviens à des trucs un peu nostalgiques, aériens, mélodiques. C’est ça qui fait que j’arrive à me concentrer. C’est toujours pareil, tu cherches, tu cherches, tu cherches et à un moment tu trouves un petit truc qui fait que tu te concentres fort dessus; et tu vois c’est une pelote, au début tu trouves un petit fil et le but c’est de la tirer, de la tirer, de la tirer, et c’est là où souvent je trouve. Alors quand je fais de la musique je peux faire du reggae, je peux faire de la folk chez moi, mais quand je me met à enregistrer c’est quand même souvent dans ce que je fais, ce qu’on entend su mon premier EP.

Soundigger : T’as un univers qui est assez particulier. Dans tes visuels, dans ton clip, on le retrouve un peu partout… Qu’est ce que ça représente pour toi cet univers ?

Petit Prince : Ça représente une certaine tristesse. Je pense que ma musique est très inspirée d’une souffrance que j’ai en moi d’avoir perdu un ami très très proche juste avant que je vienne à Paris et je pense que ça vient souvent de là. Dès que j’écris une chanson, dès que je me met à chanter, en fait c’est pour ça que je cache mes paroles, c’est parce que je met à parler de lui. Donc je pense que ça vient de là, de cette tristesse et de cette nostalgie de ma jeunesse. C’est ça qui est bizarre, c’est que ma musique est très triste je pense quand même alors que j’ai eu une enfance des plus bourgeoise, heureuse, sans stress, tout était facile pour moi. J’avais des amis super, une famille super, on me montrait plein de trucs, enfin vraiment j’ai eu une enfance dorée et voilà je pense qu’il y a eu un « switch » quand je suis venu à Paris et je pense que ma musique vient de là. Du «switch ».

Soundigger : Et le petit personnage blond à lunettes qu’on voit dans tes visuels c’est toi ou pas ?

Petit Prince : Oui ça me ressemble beaucoup. En fait, Petit Prince c’est vraiment pas inspiré du petit prince de St Exupéry, c’est un surnom qu’on m’a donné et la personne qui fait mes visuels qui s’appelle Ana Tortos, qui est une très bonne amie, s’inspire de ça. C’est marrant parce que même le personnage ressemble au petit prince de St Exupéry. Alors là, c’est un peu le serpent qui se mord la queue mais voilà.

Soundigger : Et ta musique tu la décrirais comment ? Enfin mis à part que c’est assez triste comme tu l’as déjà dit ?

Petit Prince : Je dirai aérien, en vrai j’aurai du mal à le décrire. Je dirai que c’est psycho-électronique. C’est un peu du Pink Floyd du pauvre quoi. Surtout sur « DemiTour » où j’essaye de casser, enfin j’essaye de faire des voyages. J’essaye de casser des choses sur « DemiTour » où je commence par un truc un peu électronique limite putassier avec ces samples de voix et après je pars sur plein de choses. Tout à coup quelque chose d’aérien, puis après une basse qui rentre plus électronique classique puis des break très inspirés des Pink Floyd forcément où genre on casse le rythme en 2, le kick qui était sur tous les temps devient 1 temps sur 2 enfin, ouais je dirai le voyage. J’essaye de surprendre et j’essaye de pas avoir de structure ABAB.

Soundigger : Y’a un message particulier que t’as envie de faire passer à travers tes sons ?

Petit Prince : Non. j’espère juste que des gens se baladent dans les rues le soir avec un casque en écoutant ma musique.

Soundigger : Une question un peu perso, quel serait ton plus grande vice ?

Petit Prince : L’amour. Mon plus grand vice c’est très facile, c’est l’amour. Mon plus grand sport c’est l’amour, je crois que je passe ma vie à tomber amoureux et à séduire. C’est ça.

Soundigger : Merci beaucoup Petit Prince !

Alors c'était comment ?