Tout savoir sur la prochaine édition de Belle-Île On Air avec Camille Guéboub la programmatrice du festival !

 

 

Soundigger : Revenons 10 ans en arrière. Pouvez-vous nous raconter la genèse du festival et de l’association TommEo ?
Camille : L’association TommEo a été créée il y a 10 ans par des amis à nous pour faire suite à la cessation d’un événement qui s’appelait En Roots Pour Belle-Île. C’était un événement qui avait lieu sur une soirée, sur une seule scène avec une jauge de 1.500 personnes. Il y a 5 ans, ces mêmes amis ont décidé d’arrêter leur investissement sur le festival pour passer plus de temps sur leurs projets personnels. C’est ainsi que nous avons choisi de reprendre le flambeau. Lors de la « passation de pouvoir », nous avons organisé une édition qui s’apparentait complètement à la leur. Avant de passer au format 2 jours, 2 scènes et 1 camping l’année suivante. Ce format a également évolué au fil des années. On est aujourd’hui passé sur deux espaces scéniques différents, avec des programmations musicales distinctes, ce qui n’était pas le cas avant où la petite scène était réservée à des collectifs qui s’occupaient des inter-plateaux. Notre camping a également grandi. Non pas pour augmenter notre jauge (de toute façon, légalement on ne peut pas le faire), mais plutôt pour laisser plus d’espace à chacun.

S : Comment fonctionne l’association ?
C : Comme toute association, chez Tommeo nous avons un bureau de 4 personnes, un conseil d’administration de 10 personnes. Avec mon collègue Guillaume nous sommes les deux seuls salariés. Depuis cette année, on a également un agrément qui nous permet de recevoir de supers services civiques pour l’organisation du festival. On est donc en tout une vingtaine, sans compter les bénévoles scénographie et décoration qui sont là depuis un mois, juste en face de nos bureaux. Sur la période d’exploitation du festival, on se retrouve avec 300 bénévoles souriants et motivés !

S : Quelles sont vos activités en dehors du festival ?
C : En terme de création d’événements, on a du mal à en avoir d’autres. On a par contre un rôle de coordinateurs aux côtés de dizaines autres associations belliloises qui créent du spectacle sur Belle-Île. Ayant des salariés et des bureaux, c’est beaucoup plus simple pour TommEo de coordonner et centraliser pas mal d’informations sur toutes les structures concernées par le spectacle vivant. On a également pris à charge la centralisation des moyens matériels liées à la prévention des risques en milieu festif.

S : Belle Ile On Air, c’est quoi ? Ambiance, décoration, scénographie, équipe, organisation, cadre, nombre de festivaliers, programmation, éco-responsabilité…
C : Au niveau de l’ambiance, on peut dire que Belle-Île On Air est un festival très familial. Nous sommes évidemment un événement de musiques actuelles, mais également un événement touristique, finalement. D’une, nous sommes à Belle-Île, site balnéaire classé avec le charme qu’on lui connaît. De deux, nous sommes positionnés sur le week-end du 15 août. De fait, on se retrouve avec du public qui ne serait jamais venu au festival s’il ne se trouvait pas à deux pas du site. On se retrouve donc avec un chouette mix entre les bellilois, les résidents secondaires, les festivaliers et les touristes de passage. Tout cela apporte donc un certain éclectisme et une richesse dans notre public.

 

Le site du festival se situe entre les remparts de citadelle Vauban, ce qui donne un décor hors du temps et plutôt féérique à l’événement.


Concernant la scénographie et la décoration, on a pour principe éco-responsable de fonctionner un maximum avec des objets de récupération. L’hiver sur Belle-Île, on passe partout pour dire aux habitants, entreprises et collectivités : « Surtout, ne jetez rien ! Appelez-nous avant d’aller à la déchetterie ! ». Du coup, nos locaux de 300m2 sont aux 3/4 remplie d’objets de récupération ou de la palette. La seule dépense de décoration que l’on effectue est pour du grillage à poules. Arthur, notre chargé de déco s’en empare pour créer de magnifiques sculptures qui sont désormais notre marque de fabrique. Le site du festival se situe entre les remparts de citadelle Vauban, ce qui donne un décor hors du temps et plutôt féérique à l’événement.


C : Notre philosophie nous amène à ne pas s’intéresser aux différentes solutions de communication 2.0 que l’on peut trouver sur d’autres festivals. On ne veut pas se doter d’applications smartphones par exemple. On se réjouit quand on voit nos festivaliers se déconnecter sur monde virtuel et passer plus de temps le nez en l’air plutôt que derrière leurs écrans de téléphones. Pour nous, un événement comme Belle Île On Air se vit en direct plutôt qu’à travers les réseaux sociaux. C’est valable également pour notre équipe et notre communication.
Cette année, pour formaliser d’avantage notre démarche éco-responsable, nous nous sommes mis en partenariat avec la Communauté de Communes de Belle Ile afin de devenir l’événement pilote en matière de politique Zero Déchet. On se l’impose tout d’abord à nous-mêmes, puis à nos bénévoles, nos exposants, nos food-trucks et enfin à nos festivaliers. Chaque partie signe une charte où l’on s’engage à produire le moins de déchets possible.

S : En quelques mots et chiffres, peux-tu donner une vision de l’évolution qu’a connu le festival en 10 ans ?
C : Au commencement, tout le monde était bénévole. Nous sommes à l’heure actuelle deux salariés après avoir été seule salariée pendant deux ans. De mon côté, je m’occupe de toute la partie programmation, communication et administration. Guillaume quant à lui, est responsable de toute la technique et logistique. Nos services civiques nous aident énormément, ainsi qu’une équipe d’intermittents. On aimerait évidemment pouvoir embaucher plus autour de nous, car on a énormément de bénévoles qui donnent énormément de temps et d’énergie pour le festival.
L’an dernier nous avons accueilli 4 000 festivaliers par soir. On a affiché quasiment complet sur les deux jours. Cette année, la jauge passe à 5 000. Les places partent comme des petits pains, il y a de très fortes chances que l’on soit complet les 11 et 12 août prochain. Au niveau du budget, nous en sommes à 300 000 euros en global.

 

C’est une volonté éthique d’être sur une programmation éclectique, originale et accessible au grand public. Tu te doutes donc que la recherche de cette symbiose est un challenge chaque année !

 

S : Chaque année, votre programmation se démarque des autres « petits » festivals en proposant des noms assez pointus, authentiques et éclectiques. Assez loin du côté « populaire » et « grand public » que l’on peut retrouver ailleurs. D’où vient cette démarche ?
C : On essaie effectivement de rester constamment dans l’émergence, et ce n’est pas qu’une question de budget ! C’est une volonté éthique d’être sur une programmation éclectique, originale et accessible au grand public. Tu te doutes donc que la recherche de cette symbiose est un challenge chaque année !

 

S : Belle Île On Air a la particularité d’être l’un des ces festivals français à se dérouler sur une île. Selon vous, votre position géographique était plutôt un avantage ou un inconvénient ?
C : Les deux mon capitaine (rires) ! C’est un inconvénient tout d’abord de surcoût, de part la traversée inévitable par bateau. On estime ce surcoût d’être sur une île à peu près à 40 000 euros sur notre budget. Un autre inconvénient, je touche du bois pour que cela n’arrive pas cette année, mais c’est déjà arrivé : quand les artistes loupent le bateau et donc leurs horaires de balance. On s’est déjà donc retrouvé à faire des balances juste avant l’heure du concert… Tout en sachant que tout le matériel des artistes qui arrive du continent ne peut pas passer par leurs propres véhicules car cela nous serait trop onéreux étant donné que leurs véhicules passeraient en plein tarif alors que nous disposons, en tant qu’habitants de l’île à l’année, de la carte insulaire nous donnant droit à des tarifs préférentiels. On envoie donc plein de véhicules de chez nous (qui ont un tarif spécial) pour faire l’aller-retour, pour chaque groupe, entre Belle-Île et le continent. Il suffit donc d’un loupé de bateau et on se retrouve dans un rush pas possible. Ensuite, on tire aussi beaucoup d’avantages de notre position insulaire. L’atmosphère créée par l’île, nous offre la chance de pousser les gens à vraiment se déconnecter du monde virtuel et se concentrer sur le moment présent. Cela rend l’événement très convivial et intense. Un autre avantage incontestable : on a la plage à proximité ! C’est ainsi qu’on retrouve de nombreuses personnes poursuivant leur séjour à Belle-Île après le festival.

 

À l’heure actuelle, on ne sait pas si l’on sera en capacité de proposer une 11e édition de Belle Île On Air. Autant te dire que ça m’arrache le coeur de dire ça !

 

S : Étant donné votre position insulaire, comment prévoyez-vous d’évoluer en terme de superficie et de capacité d’accueil ?
C : C’est une grande question que l’on a en interne. À l’heure actuelle, on ne sait pas si l’on sera en capacité de proposer une 11e édition de Belle Île On Air. Autant te dire que ça m’arrache le coeur de dire ça ! Concrètement, on se retrouve dans une situation où l’on a presque tous une trentaine d’années, où 99% de l’équipe est bénévole, a un travail, se met en congé sans solde pour l’organisation du festival. Et à un moment donné, ce modèle a ses limites, chacun a besoin de vivre. Ça nous intéresse pas d’être plein aux as, mais juste de pouvoir vivre tranquillement. Donc on ne sait pas trop de quoi sera fait l’avenir. On ne serait pas contre de redonner le flambeau. Au contraire, on est toujours ravi de recevoir de nouvelles personnes dans notre équipe. Le problème est qu’on ne peut pas confier les rennes de ce projet à des « amateurs ». « Amateurs » au sens propre du terme, sans être péjoratif. Gérer 5 000 festivaliers, une équipe de 300 bénévoles, 150 artistes et techniciens, ça ne s’improvise pas. Repartir sur un projet plus restreint comme au début, avec 1 500 festivaliers sur une seule soirée et 6 groupes serait dangereux. Après le succès des éditions précédentes, l’équipe organisatrice, les autorités risqueraient de se faire déborder…

S : As-tu quelques anecdotes ou histoires mémorables des 10 dernières années sous le coude à nous raconter ?
C : Cette question me rappelle la venue de Split Prophets il y a deux ans. Ces artistes étaient géniaux, ils nous ont fait rêver. Ce n’était même plus des artistes, mais quasiment des bénévoles du festival ! Je les revois encore finir la soiréeavec des bénévoles en train de jouer du djembé autour d’un feu sur la plage. C’était magique ! (rires) La même année, notre régisseur avait débarqué avec 80 rouleaux de papiers toilettes. Seulement 80 rouleaux de papiers toilettes pour un festival de 6 000 personnes, en comptant les campeurs ! (rires) Sacrée histoire ! Guillaume, l’actuel salarié avec moi avait alors déboulé au Casino de Belle-Île avec sa mobylette avec Eric, un super bénévole. Ils ont tambouriné à la porte pour repartir avec une palette entière de papiers toilettes ! (rires) Au final, on s’en est bien sorti !

S : Quels artistes ne louperais-tu pour rien au monde les 11 et 12 août prochain ?
C : Réponse facile : tous ! Personnellement j’attends beaucoup Meute. On les a programmés en clôture du festival, du coup je mise vraiment sur eux ! Surtout qu’on prévoit une petite surprise pour la fin de Belle Île On Air… Sinon évidemment, j’attends Seun Kuti au tournant. Oddisee & Good Compny également. Gros coup de coeur pour Lawkyz The Waxidermist donc j’aime vraiment beaucoup le projet. Je suis vraiment contente de l’accueillir sur notre île !

S : Merci Camille et rendez-vous sur l’île !

Crédits photo : Mogri Photographie. Avec l’aimable autorisation de TommEo Association.

Alors c'était comment ?