Vous avez sûrement pu déceler au travers nos lignes notre affection pour le Hip-Hop belge. Et bien aujourd’hui c’est une interview d’un de leur groupe les plus représentatifs que l’on vous propose. À l’occasion du festival Glob’all Hip-Hop de Nantes, nous avons eu la chance de rencontrer les 5 loustics d’Exodarap.

 

S : Salut les gars, est-ce que vous pouvez nous présenter votre groupe Exodarap ?

Raph : Salut, alors on est 5, on vient de Charleroi en Belgique, ça fait pas mal de temps qu’on rappe maintenant. Aujourd’hui, on a la chance de venir à Nantes, on est assez content. On a un album qui est sorti l’année dernière en téléchargent sur facebook. Exodarap, c’est l’anagramme de paradoxe quand on retourne les lettres. Vous pouvez trouver pas mal de clips sur Youtube. Que dire de plus ? Le groupe se compose d’un trompettiste (Vince), d’un Dj (Eskondo) et 3 Mc’s (Rapha, Thibault et Jean Jass).

S : Exodarap, c’est donc l’anagramme du mot paradoxe, qu’est-ce que vous avez de paradoxal ?

Thibaut : Ce qu’on a de paradoxal ? Je dirai déjà nos « blaz ». Tu ne t’attends pas trop à voir des prénoms comme blaz. Regarde, moi c’est Thibaut, c’est un peu paradoxal pour un rappeur de s’appeler Thibaut, je ne sais pas.

Rapha : Le paradoxe c’est une question très vaste, à la base c’est un concept qu’on utilise car on vit un peu à travers le paradoxe dans nos vies de tous les jours et même si on le retrouve dans notre groupe ce qu’on vise à la base dans nos chansons c’est le paradoxe de la société et les choses de tous les jours. Mais il y a aussi un côté paradoxal chez nous, par exemple moi, j’écoutais du rock avant de faire du rap, le premier album que j’ai acheté, c’était Nirvana.

S : Dans Exodarap il y a « exode » une référence au voyage, vous bougez souvent, mais c’est votre première fois à Nantes il me semble ?

Raph : À la base , c’est le paradoxe le vrai concept mais c’est vrai qu’il y a l’idée du voyage. On retrouve les deux mots « exode » et « rap ». Ce soir,  on vient jusqu’à Nantes pour faire un concert et vous faire découvrir notre musique et chaque soir dès qu’on a un concert c’est l’exode.

Jean Jass : Effectivement, on a fait deux dates en France à Paris dans le cadre de la tournée «À notre tour », mais c’est notre première date en province si je puis dire, et ça tombe bien que ce soit à Nantes car on a quelques potes ici, du coup c’est l’occasion de se voir, on est vraiment content d’être là.

S : Bruxelles : nouvelle grande ville du rap français ?

Jean Jass : Nous, on n’est pas du tout Bruxellois et je pense que la plupart des Mc’s que les Français ont vus, ou écoutés venaient de Bruxelles donc pour nous qui venons de Charleroi ou des villes autour de Bruxelles, c’est le même sentiment que vous avec Paris. Mais bon, on est un petit pays et c’est normal de simplifier les choses, moi ça ne m’a jamais posé problème. On commence seulement à entendre les retours français, c’est nouveau pour nous.

S : Aujourd’hui, on peut dire « j’écoute du rap belge » comme on dirait « j’écoute du rap marseillais » ou même « j’écoute du rap côte-Est ». On dirait qu’une école s’est créée…

Jean Jass : Pour ma part et je pense pour tous les mc’s de Belgique, on est fiers de faire du hip-hop belge et de savoir qu’il y a du hip-hop chez nous. Chez vous, il y a une grosse machine qui est là, plus de gens qui écoutent par exemple dans les grandes villes comme Paris, c’est assez impressionnant de voir le nombre de personnes qui sont là, prêtes à écouter les artistes. On est tout à fait fier de faire du hip-hop belge, mais après ça reste du hip-hop francophone, forcément, on se démarque au niveau du style, on vient de là d’où on vient.

Thibault : C’est comme si tu allais comparer du hip-hop marseillais à du hip-hop parisien, on a une identité qui est liée à la géographie, et notre état d’esprit est différent en fonction de là où tu habites tout simplement.

Thibault : Ouais peut être, pourquoi pas.

S : On parle d’une génération du rap belge au style très technique, le votre est assez mélodique. Est ce que c’est plus contraignant de faire plus simple?

Rapha : Ouais, comme tu dis il y a une école, nous à la base on se démarque de cette école, on a notre culture musicale, nos codes à nous, on a notre façon de rapper nos flows donc il y a tout un univers qui est en place après c’est très vaste comme question.

Thibault : Quand tu regardes le dernier album qu’on a sorti, notre façon d’écrire est assez technique, pour moi elle est devenue même parfois un peu trop technique, on se remet un peu en question et on veut peut-être retourner vers quelque chose de plus simple, parce que ça nous correspond plus et pour exprimer des choses qui nous ressemblent plus et essayer en tout cas d’avoir un bon équilibre entre simplicité et technique.
Dans notre entourage, chacun a un peu son style et ça évolue, d’année en année on rappe différemment et heureusement, écouter tout le temps la même chose ça serait lassant.

S : Autant dans le rap français ça se tire dans les pattes, autant on a vraiment l’impression que le rap belge est une grande famille, je me trompe ?

Thibault : Ça s’est lié vraiment à notre génération je pense. Avant, ils se sont quand même beaucoup tirés dans les pattes, enfin je parle de ce que j’ai vu. Maintenant, nous, notre génération, en Belgique, on a quand même un esprit assez cool et assez uni. Au final, qu’on vienne de Liège, de Bruxelles ou de Namur, on partage la plupart des scènes, on a monté un collectif avec Lomepal qui est parisien, il y a des Bruxellois, des Carolo, un Namurois, donc voilà c’est assez ouvert.

Rapha : On a pris le temps de vraiment se connaître avant, de voir la musique de chacun, plutôt que de créer un collectif et de venir y greffer des groupes. On fait l’inverse, c’est plutôt d’aller les uns vers les autres et puis créer ce collectif parce que ça devait se passer comme ça, ça paraissait naturel.

S : En France, l’image du rap est encore aujourd’hui trop souvent péjorative, et ce style n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur dans une société où pour la plupart des gens «rap» rime avec La Fouine ou Booba, qu’en est-il en Belgique ?

Thibaut: C’est plus ou moins comme ici mais c’est en train de changer.

Eskondo : Les médias en Belgique passent à mon avis les mêmes merdes que sur Skyrock ou NRJ, donc les gens connaissent le rap par Sexion d’assaut ou des trucs comme ça tu vois.

Jean Jass : Quand tu vois le buzz que fait La Smala en ce moment, et c’est très bien pour eux… Ce que je veux dire par là, c’est que les gens vont vers un autre hip-hop, du bon hip-hop. Donc il y a quand même une culture rap en Belgique malgré le fait que les médias ne diffusent pas forcément le bon hip-hop. Il y a une évolution qui se fait, le rap a évolué. En France, il y a des artistes qui ont plus percé , tu vois bien Nekfeu, L’entourage, qui ont relancé le truc à un moment, c’est une réalité. Chez nous, pas mal de mc’s se sont mis à rapper après ce truc-là et tant mieux ça permet aux rappeurs d’être présents. Tout ça montre bien qu’il y a une vraie culture hip-hop en France et en Belgique et que malgré les médias nous on est là, et les choses se passent quoi.

S : On voit que ce soir vous venez jusqu’à Nantes pour nous faire découvrir votre musique. Est-ce que c’est important pour vous de rencontrer votre public et de faire de la scène et pas juste des vues sur internet ?

Jean Jass : Bien sûr, on est autant un groupe de studio qu’un groupe de scène, il y a des tas de morceaux qui ont fonctionné en clip et qui au départ sont nés sur scène. Je dirai que, moi personnellement, et je pense que c’est le cas de plusieurs, on préfère la scène au studio, c’est ce qu’il y a de plus direct pour convaincre quelqu’un.

S : Est-ce qu’aujourd’hui vous vous intéressez aux jeunes rappeurs peu connus, je veux dire est-ce que ça vous arrive de digger des sons ou vous écoutez juste ce qui vous parvient et ce que vous connaissez déjà ?

Jean Jass : On écoute de tout tu sais, enfin moi j’écoute que du rap la plupart du temps, je suis un peu fermé aux autres genres musicaux mais j’écoute autant ce que font mes potes et ce qui se fait ailleurs, si tu veux progresser, il faut écouter un maximum de choses.

Rapha : On est une génération où chacun crée un peu dans son coin donc c’est bien d’écouter tout le monde, il n’y a pas de raison d’être fermé, il y a du bon à prendre partout.

S : Un premier CD en 2009, l’EP « l’Exode » sorti l’année dernière, et la tournée « À notre tour » en France et en Belgique avec pas mal d’autres pointures du rap actuel. C’est quoi la prochaine étape pour vous les gars ?

Jean Jass : Bah écoute, que tout se passe bien, qu’on soit en bonne santé pour faire du son tous les jours. On travaille pour faire une meilleure musique tous les jours donc je ne sais pas, espérons que les ventes soient favorables ou un truc du genre, espérons qu’on soit sur le bon chemin qu’on ne se perde pas en route, mais en tout cas ce qui est sûr, c’est que tous les cinq et même toute notre génération en France et en Belgique on est là et il y a de la très bonne musique qui se fait.

S : Pour finir plutôt kebab ou fricadelles ?

Jean Jass : Bah, écoute, moi je peux apprécier un snack belge et simple genre fricadelle comme je peux apprécier une bonne « mitraillette kefta » comme on dit chez nous.
On pourrait même big up des friteries de chez nous mais bon ça prendrait tellement de temps, tu sais il y en a plein, moi j’aime tellement les friteries.  Il y en a quand même un qui sort du lot, c’est Robert à Charleroi, Robert la frite depuis 1952 si mes souvenirs sont bons. Mais il est décédé, rest in peace.

Rapha : Ses frites étaient les meilleures de la région, mais bon il y a des bonnes frites partout en Belgique.

S : Merci les gars, à très bientôt pour partager une barquette avec vous !

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