ITW #18 – Philipp Gorbachev

Rencontre et interview du phénomène Russe, Phillip Gorbachev, dans les backstages de Stereolux après son show renversant lors du dernier festival Scopitone de Nantes.

nazdrovya !

Soundigger : Bonsoir Philippe, merci de nous accueillir et merci pour ce set tout à l’heure. On a adoré. Rentrons dans le vif du sujet : ton père était champion automobile, c’est bien ça ?
Philipp Gorbachev: Oui, il était l’un des premiers champions en Russie. Certaines personnes sont attirées par la vitesse, le sport, les situations extrêmes. Mon père est de ceux-là. Quand il était petit, il passait son temps à bricoler des machines dans le garage. Grâce à lui, j’ai grandi entouré de gens super, dans un environnement très rock’n’roll, entre le bruit des moteurs et la musique de Jimmy Hendrix. La plupart de ses amis sont des musiciens du mouvement underground des années 80 à Moscou : Zvuki Mu, Victor Tsoi, Sergei Kurekhin. J’étais entouré par la scène rock locale et j’ai pu aussi découvrir la musique jazz comme celle de Peterson’s trio ou Cream.
Plus tard, en grandissant, j’ai trouvé une autre façon de garder les pieds sur Terre et j’ai développé une certaine foi en Dieu et en l’amour. C’est à ce même moment que j’ai publié mon tout premier single, In The Delta, sur le label Cómeme qui occupe aujourd’hui tout mon temps.

Soundigger : Comment en es-tu arrivé à faire de la musique électronique ?
Philipp Gorbachev: On peut bien sur parler de musique électronique car elle est produite en grande partie avec des machines mais pour moi ces machines sont des instruments tels que les guitares. Je pense qu’il faut savoir prendre le contrôle de toutes ces nouvelles technologies qui nous entourent et s’amuser avec pour arriver à ce que l’on veut produire. Le but n’est pas juste de passer des sons qu’on aime, mais de créer quelque chose de nouveau.
J’ai commencé en jouant des jours et des nuits entières sur une batterie, chez un ami, dans une ville proche de Moscou. Quelques musiciens se réunissaient là-bas et on s’enfermait pendant des heures pour jouer et enregistrer de la musique. Je jouais et enregistrait des morceaux sur la batterie, sur lesquels j’ajoutais des parties vocales, ou sur le clavier comme le Korg M1. J’utilise toujours ce genre d’instruments aujourd’hui. On était chaperonnés par de chouettes artistes des années 80 du groupe Zvuki Mu. On se réunissait après déjeuner pour bosser et améliorer notre sens du rythme. On en profitait pour aller ramasser des champignons et s’essayer au karaté grâce à Alexander Lipnitsky. J’ai découvert la musique house par moi-même. Depuis, j’adore aller dans des raves où les DJ jouent de la house et de la techno. Cela m’a ouvert à de nouvelles choses. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de fêtes organisées et c’est pourquoi beaucoup étaient faites de façon illégale. En grandissant, j’ai tenté d’apporter ce mouvement dans ma ville, Nikolina Gora.

Soundigger : Tu es originaire de Russie, tu vis à Berlin et ton label est Chilien. Sens-tu une différence dans la façon d’appréhender la musique dans ces parties du Monde ?
P.G : Le label Cómeme n’a pas de capitale officielle. Tous les artistes du label ne viennent pas de l’Amérique du Sud. Barnt, Christian S et Lena Willikens viennent de Cologne par exemple. Je crois que c’est important qu’on ait des filles signées sur notre label. Lena a fait un set mémorable au showcase Cómeme au festival Sonar en 2014.

Soundigger : Puisque l’on parle de femmes, mis à part Nina Kravitz, nous connaissons peu d’artistes originaires de Russie. Y en a t’il dont tu aimerais nous parler ?
P.G : La plupart d’entre elles ne sont certainement plus de ce monde. J’aime beaucoup ce l’œuvre de El Lisitzky dans ses années activistes.

Soundigger : Les paroles de tes chansons sont toutes écrites en russe. Est-ce que c’est une condition importante pour toi ?
P.G : Je suis russe mais j’ai appris quatre langues différentes pour pouvoir échanger avec vous maintenant par exemple. La plupart des gens autour de moi de parlent pas le russe. Pour moi la langue russe est un instrument étonnant. Phonétiquement c’est très fin et c’est une langue très rythmique. A un moment je passais mon temps à lire Remisow, un poète russe. Vertinsky ou le groupe Sektor Gaza sont aussi de supers exemples de musique russe.

Soundigger : Est ce que tu pourrais nous parler de ta chanson Arrest Me ?
P.G : Cette chanson parle des gens qui ont été arrêté pour des crimes qu’ils n’ont pas commis ou dont ils n’ont pas conscience, ceux qui ont été ou sont encore piegés. C’est une façon de dire que, même si je ne suis pas en prison moi-même, je suis certainement moins libre qu’eux. Je pense que ce monde libre et capitaliste est en réalité celui qui enferme les gens : tout le monde se raccroche à l’image de célébrités, l’argent est le maître de tout et la plupart des gens se retrouvent à vouloir la vie de quelqu’un d’autre. Surtout dans les grandes villes où les gens consomment au lieu de créer. On devrait pouvoir résister à cela.


Soundigger : Dirais-tu qu’il y a un message politique derrière tes chansons ?
P.G : Je ne sais plus vraiment ce que représente la notion de politique aujourd’hui. Cependant, la musique est une façon de communiquer avec les gens et j’aime travailler là-dessus. D’ailleurs je n’en connais pas de meilleur. Peut-être que c’est ça la politique. Et puis on entend beaucoup de mauvaises nouvelles aujourd’hui. Le tournant totalitaire et l’arrivée de Poutine au pouvoir a fait fuir beaucoup de gens hors du pays, y compris moi. Je suis heureux de voir que des communautés indépendantes telles que ARMA17 arrivent encore courageusement à diriger la scène musicale indépendante à Moscou. Les raves Manufaktura ou les festival Outline attirent beaucoup de monde. J’ai été témoin de ce qu’il s’est passé dans les années 90 à Moscou et j’estime que la route que prend la Russie n’est pas la bonne.
Mais la Russie est un grand territoire avec la région de Moscou, le Sud, la Sibérie, l’Oural, la communauté chinoise dans l’Est, j’ai encore beaucoup de choses à voir.

Soundigger : Nous avons evoqué la Russie mais que penses-tu de la scène électronique française ? Quels artistes français apprécie-tu ?
P.G : J’aime beaucoup le public français. J’ai eu d’ailleurs l’impression que celui de Scopitone ce soir a vraiment réussi à se perdre dans ma musique et à l’apprécier. Je ne connais pas beaucoup d’artistes electro français mis à part Laurent Garnier et Scan X. Il représente très bien la musique techno des années 90 à laquelle j’aurais aimé que l’on reste. J’ai eu la chance de travailler avec Jennifer Cardini. J’ai enregistré des morceaux avec Barnet et Daniel Maloso que nous avons sorti via le label de Jennifer, Correspondant.

Soundigger : Quelles sont tes influences ?
P.G : Ce n’est pas tant la musique d’autres artistes qui inspire la mienne mais plutôt les gens qui m’entourent, ou certaines expériences. Tout tourne toujours autour de l’idée du partage. J’ai récemment créée un groupe appelé The Naked Man. J’ai essayé de trouver les meilleurs musiciens en Europe et je travaille donc avec un batteur italien et un bassiste français. L’idée de créer ce groupe est venue car je n’arrivais pas à jouer les musiques de « Silver Album » en live.
J’aime aussi The Butt Hole Surfers qui viennent du Texas. J’ai eu la chance de travailler avec leur guitariste, Paul Leary, qui a arrangé et co-produit une partie de mon album. C’est quelque chose qui m’a vraiment inspiré.

Soundigger : Qu’est ce que tu utilises comme instruments ?
P.G : Pour les lives, je fais un mixe entre du backline DJ à ma gauche et mes propres instruments à ma droite: un processeur vocal, un clavier qui peut aussi être utilisé comme guitare, un micro. Quand il s’agit de musique électronique, je pense que le public peut aussi devenir un instrument. Au Berghain il y a un niveau entièrement consacré à la techno où se rendent les touristes et les berlinois le Dimanche en pleine journée. La musique là-bas peut m’emporter loin. Dans ma voiture j’écoute beaucoup de funk, comme les 7 Days of Funk ou Infectious Grooves. J’apprends beaucoup de ces musiciens qui ont joué de la techno pendant des années.

Soundigger : Un dernier mot pour la fin ?
P.G : J’aimerais encourager les gens à revenir à eux-mêmes et à rechercher une certaine richesse dans ce qui les motive, un certain amour intérieur qui pourra les guider dans leurs actions au quotidien. Ceux qui travaillent au jour le jour sur leur musique savent que c’est toujours le premier pas d’une longue évolution. C’est une bonne motivation. Et surtout n’oubliez pas de vous amuser.

Soundigger : So Philipp, nice to meet you. Thank you very much for welcoming us here. It was a really nice show.
Philipp Gorbachev : Thank you.

Soundigger : Your father was a champion car driver, right?
Philipp Gorbachev: Yes, he was one of the first champions in Russia. There are people in this world who like dynamics, speed, sport and extreme situations, to control them. My father is one of them. When he was a little boy, he started to build stuff by his own in the garage, everything, including DIY guns. Thanks to him, I grew up somewhere between the sound of engines and Jimmy Hendrix music. His friends are mostly musicians from Moscow 80’s rock underground movement – Zvuki Mu, Viktor Tsoi, Sergei Kurekhin, RIP most of them. Local Russian rock’n’roll just surrounded me and I also had access to many great jazz albums, like Peterson’s trio, Cream… Later, when I was getting older, I found another answer to a question why this world is turning around and started to believe in God and in love. This happened together with my first single, «In The Delta» EP on Cómeme and since then is my everyday rhythm. Highs and the lows in it.

Soundigger: How did you get to work in electronic music?
Philipp Gorbachev : There is dance music. I understand electronic music as dance music, where you play on machines instead of guitars, for example, create own pads and sounds, instead of playing them acoustically. It is really up to you what is dance music. And make that new music, don’t just play tracks you like.

Back in the days I was playing drums at my friends place, whenever I could, in a forest near Moscow. That is were my first musical experience started, with playing and recording drums, with singing on top, overdubbing on cassette with my friends, switching to keyboard, like the Korg M1. I am still using these type of instruments today. My first music partners and me were guided by great musicians from «Zvuki Mu» and a bunch of their friends, mostly artists and guests of the house. We have been picked up after lunch for a rhythm session and practice by those older pals. Picking up mushrooms and doing basic karate moves was also part of the plan – thanks to Alexander Lipnitsky. He also showed me stuff like «Stop Making Sense» when I was 14. But I discovered house music on my own. Since then I love raves with house and techno DJ’s, it opened to me a new dimension of how one can play music for the moment and do it really long. We did not have many of available and affordable house parties, that’s why people dropped them illegally, near the river. When I grew up, I overtook them musically in my town, Nikolina Gora.

Soundigger: You are from Russia, living in Berlin and you have a label in Chile. Do you feel like there is a difference in the way people see music in different parts of the Globe?
Philipp Gorbachev: There is no official capital of Cómeme. From the District to Scopitone Festival, or to Corona Capital in Mexico City, as an example of where I go after Nantes. Not every artist from Cómeme is from South America though. For instance, Cologne… Barnt, Christian S, Lena Willikens. It’s so important that we have girls working in Cómeme. Lena played one of the best DJ sets I have possibly ever heard, at a Cómeme Off Sonar showcase in 2014.

Soundigger: Talking about girls, we couldn’t think of a Russian electronic artist that we know except Nina Kraviz. Could you tell us about an artist that you like who is Russian?
Philipp Gorbachev: the most of them are perhaps dead. I enjoy what El Lisitzky created in his active years.

Soundigger: Your songs are written in Russian, is it something important for you?
Philipp Gorbachev: I am Russian and I learned 4 languages to be able to speak with you now for example but I have my own language, which is mostly unknown for the 99% of people surrounding me everyday. I see Russian language as a pretty dope instrument! Phonetically, it is a very fine source and independently from poetry, offers a lot of rhythm in it. I have been reading a lot of Remisow, a Russian poet. Vertinsky, is also a great example of music performed in Russian. Bands like «Sektor Gaza» too.

Soundigger: Could you translate some words from your song Arrest Me?
Philipp Gorbachev: This song is about the people who have been arrested for crimes they didn’t commit or for things they didn’t know about, for those who suffered and continue to suffer from traps. Pride, Drugs,  Lie, .. the list is endless. Even if I’m not in jail, I may be less free than the arrested. I think this myth of a free and capitalistic money driven world is in fact the real prison: people are watching celebrities, money rules everything, everyone wants to be someone else. Especially in bigger cities it becomes ridiculous how people use things, instead of creating. We should have a certain resistance to these things. It is sad. Did you watch Mad Max? It is a good framing to funk, remember that Gekko dude? And there are so many ways to dance, as tonight, as an answer..

Soundigger: Is there a political message behind your music?
Philipp Gorbachev: I don’t know what politics is nowadays. But I love to work on music and it’s a way to communicate with people. I don’t know a better one. Perhaps this is real politics.

Besides all the sad breaking news you hear from Russia now, and almost always, I mean the totalitarian turn, ideologically and bizarre, after Putin came to power, that pushed many people out of the country, including myself, and made a couple of beautiful things go hard in this country, I am glad that communities like ARMA17 bravely run the independent dance scene in Moscow, with recent raves at Manufaktura, or with the Outline Festival, and people appreciate that.  I am telling this as a real witness of what happened since the 90s in Moscow and for me this new Russian journey is not OK.

But Russia is a big territory, with the Moscow region, the South, Siberia, the Ural, the Chinese people in the very East. I haven’t been there yet.

Soundigger: We talked about Russia. What do you think about the French electronic scene?
Philipp Gorbachev: In France, I love the audience. I think the audience tonight was very much into it. I don’t know much dance music artists in France, except Laurent Garnier or Scan X ..(tracks like Earthquake, I like!). I also had a chance to work with Jennifer Cardini. With Barnt and Daniel Maloso I had a pleasure to record tracks together and we released them as singles on Jennifer’s label – Correspondant.

Soundigger: What are your influences? Which kind of music influences your own?
Philipp Gorbachev: It’s not the music that influences me, it’s more the movement and sharing of it’s better moments.. My first band is called The Naked Man. I found the best musicians I could in Europe and now I’m conducting an Italian virtuous drummer and a very special French bassist. The band started because I did not know how to perform songs from the «Silver Album» live, so being always inspired by making music with different people, it was a one way thing. «The Butthole Surfers» is a Texas band I love since I am play football. I had the chance to work with the guitar player and a brilliant producer, a real butthole surfer; he mixed and co-produced a part of my album. He’s called Paul Leary. That really inspired me.

Soundigger: What about the machines you use for production and shows?
Philipp Gorbachev: My live set is a mix between a DJ set up on the left hand (literally) and an instrumental setup on the right hand which consists of a several things: effects, vocal processor, keyboard which can be also used as a guitar, microphone is in the middle of it. In dance music, the audience, the room is also an instrument. In Berghain, in Berlin, there is this huge techno floor, where the music takes people totally away, this feeling that you are in huge rave on Sunday during the day really takes you away. Len Faki is my big inspiration regarding how to create this special mood in the club for hours. I go there and I listen «to the club» and I get a lot of ideas of how to make performed dance music out of this. In my car I listen to a lot of funk, like the 7 Days Of Funk, Infectious Grooves..  I learn from these people who played for so many years for a big techno crowd as well. But my set is never longer than 1 hour.

Soundigger: Do you have one last word?
Philipp Gorbachev: I would like to encourage people to come back to themselves and seek richness in their own thing, find love from inner world and not ignore it out there, there is a lot! If you work on music every day, you know that you are always in the beginning of the next step. This gives a good drive. And don’t forget the fun!!

Interview tirée d’un enregistrement audio. C’était donc une vraie et passionnante conversation, pleine de raison et de références que nous avons pu avoir dans sa loge. Thanks, спасибо !
Gros bisous et merci aussi à notre chère Chloé pour la traduction.

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