ITW #7 – Doist! [Trans Musicales]

Sous ce nom sonnant comme un ordre brut, se cache un groupe breton dont la Techno froide, dure et martiale composé de deux gaillards très agréables, véritablement passionnés de musique. C’est une interview fleuve que le duo nous a accordé au cours de laquelle on a pu parlé de leur EP Black Church, de New Beat, Détroit, Minimum Syndicat, St Brieuc, gimmick et vieux synthés.

https://www.youtube.com/watch?v=Dt7NSKzXdfA

Soundigger : Bonjour Doist, merci de nous accorder cette petit entrevue. Une petite présentation s’impose :
Thibault : Salut, moi c’est Thibault, originaire de Paimpol en Bretagne et je suis au machines et claviers dans Doist!
Théo : Théo, je viens de St Brieuc et je suis aux machines, clavier et à la guitare dans Doist!

S : Un mot sur le parcours musical de chacun. Vous êtes tous les deux des enfants du solfège ou avez-vous principalement appris grâce à la MAO ?
Thibault : Alors moi j’ai débuté à 15 ans par la guitare, je suis passé par la case « groupe de lycée », avec qui on faisait des compos plutôt Rock, tranquillement. J’ai découvert la MAO vers 17 ans via un pote qui m’avait passé un logiciel avec lequel j’ai commencer à bidouiller. Par la suite, j’ai persévéré dans cette voie-là, jusqu’à la rencontre avec Théo en 2009. À l’époque on partageait le goût des musiques Métal, Sludge, tout ce qui était à base de guitares et de sons assez violents. Puis est arrivée la grosse vague électro emmenée notamment par Ed Banger, celle-ci nous a chamboulée et c’est ainsi que nous sommes tombés dans la musique électronique.
Théo : De mon côté, poussé par mon père, j’ai commencé la guitare classique à 12 ans. Chose que je n’aimais pas vraiment à l’époque – je préférais jouer aux jeux-vidéos. Puis en 5ème je suis passé par la période Linkin Park et de fil en aiguille je me suis dirigé vers le Métal. J’ai alors aussi essayé de monter un groupe de Métal avec lequel j’ai tout de suite voulu faire des compos etc mais malheureusement, les autres membres du groupe ne prenait pas autant au sérieux que moi ce projet. Je suis par la suite tombé sur deux gars de St Brieuc qui m’ont proposé de devenir guitariste dans leur groupe. J’ai donc ainsi passé 2 ans avec eux. En 2009, je me retrouve en DUT Génie Électrique à Rennes, assis à côté de Thibault dans un amphi avec qui on s’est tout de suite mis à parler de musique.

S : Pouvez-vous nous raconter la genèse du groupe Doist! ?
Thibault : N’ayant pas vraiment d’expérience dans la musique électronique, on a tout d’abord passé une bonne année à s’exercer, affiner nos compos et aboutir à un Live en bonne et due forme.
Théo : L’Electro, c’était pour nous vraiment différent du monde que l’on connaissait avant. Ne serait-ce que dans les arrangements, la manière de créer des sons, on a tout apprit de façon autodidacte.
Thibault : On a toujours eu aussi la volonté d’incorporer de la guitare dans certains morceaux dans le but de donner un côté un peu plus sale, noisy à nos compos plutôt que de faire de l’électro « simple ». La genèse de Doist! vient donc de 2 garçons issus du monde de la guitare – acoustique à la base – qui se sont tournés vers l’électronique par envie de découvrir ce milieu. Après les logiciels, on s’est donc mit à acheter des synthés et creuser dans ce genre musical en essayant de se procurer de vieilles machines.
Théo : Au début, on aimait bien le fait de travailler sur ordinateur car on balbutiait dans le domaine. Puis on s’est vraiment mit à écouter les musiques électroniques, à vouloir rechercher une certaine histoire dans ces vieux instruments qui font parti de la genèse de l’Electro, qui ont du vécu. On a un synthé qui date de 1977 par exemple qui apporte un grain vraiment particulier qu’une oreille avertie va très vite reconnaître. Ça apporte un côté vivant à cette musique faite de machines et logiciels.

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S : Selon vous, qu’est-ce qui fait l’alchimie réussie de vos deux personnalités ?
Théo : On a du mal a devenir complémentaires justement. Étant donné qu’à la base on bossait chacun sur notre ordinateur personnel, le côté complémentaire est venu petit à petit, à mesure qu’on achetait des synthés avec lesquels on pouvait travailler ensemble. J’ai pu ainsi me rendre compte que je préfèrais m’occuper des sons de basse, Thibault d’autre chose etc.
Thibault : Concernant la production, on arrive désormais à vraiment composer à deux. Comme un groupe de Rock, on va séquencer une basse, la laisser tourner, puis on va s’occuper de la rythmique, on va ajouter un arpège et de là naît un morceau. Alors que quand nous n’avions pas les synthés, c’était bien plus compliqué car ce qui nous rapprochait c’était simplement nos ordinateurs et nos boucles quasiment finies. Alors que maintenant on peut partir ensemble de rien et créer un titre complet à deux et partant d’un simple gimmick qu’on a en tête.
Théo : Carrément ! Maintenant on peut apporter tous les deux nos idées, les confronter, les mélanger. Cela a plus un côté composition musicale au sens propre. On s’est ainsi rendu compte que c’est ce qui marche le mieux car on se sent tout de suite plus impliqué dans le travail de groupe. Et ça se ressent aussi sur scène !

S : C’est une approche musicale intéressante et différente des autres producteurs électroniques que j’ai pu rencontrer, qui utilisent complètement leur ordinateur. Si je puis dire, je trouve votre méthode ainsi plus ouverte.
Thibault : Ouais, désormais l’ordinateur ne sert que de chef d’orchestre dans nos compositions. Les synthés et autres instruments se chargent de créer les mélodies. On essaie d’inclure de moins en moins de MAO dans nos compos. Bon, on l’utilise toujours pour les batteries, quelques noises et voix.
Théo : J’utilisais beaucoup l’ordinateur pour créer des sons mais j’essaie désormais de me rapprocher de plus en plus des synthés que j’ai en ma possession.

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© Mozpics

S : Vous composez – en partie – de la musique électronique à partir d’instruments classiques donc. Comment définiriez-vous votre musique en quelques mots ?
Théo : Techno, forcément. Je dirais Électro aussi, et la qualifierait de sale, sombre. Et pour finir, j’ajouterais le terme Ambient, avec ce côté hypnotique qui est présent sur certains de nos morceaux. On nous a souvent dit aussi que notre musique avait la structure et l’évolution de morceaux de type Trance.

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S : Vous vous considérez être plutôt proche du côté expérimental de Kraftwerk/Jean Michel Jarre ou du côté Techno sombre de Gesaffelstein/The Hacker ?
Théo : Je pense qu’à la sortie de notre EP Black Church, on était plus proche du côté Gesaffelstein et Rebotini. Aujourd’hui avec l’évolution qu’on a, on va se rapprocher d’artistes plus expérimentaux tout en gardant une base très Arnaud Rebotini – The Hacker. On évolue sans cesse en fait, se dirigeant et étant influencé par de l’Acid, par les membres du label Kobayashi Records comme Al Ferox qui propose de la Techno très dure qu’on aime beaucoup.

S : Ces évolutions et influences ont un côté minimal non ?
Thibault : Minimaliste dans la structure tout en étant plus lourd qu’un son minimal. Avec un pied très rond, certains morceaux d’Al Ferox par exemple, sont très distordus avec une volonté de faire des morceaux de Techno assez rapide tout en gardant un côté mélodique.
Théo : C’est un artiste qu’on aime beaucoup et qui propose beaucoup de choses différentes. Je pense à Doomplanet, sorti très récemment qui est très violent et qui envoie sévère mais qui est néanmoins complètement différent du morceau I Love Satan, qui est psyché, malsain, plus lent, plus froid.

S : Quand on sait que vous venez du côté musicien, on peut se demander qu’est-ce que vous aimez justement dans cette musique Techno ?
Théo : Ce qu’on aime vraiment c’est ce côté martial, brut et puissant. C’est une musique avec des rythmiques qui donne un aspect hypnotique, qui te met en transe en fait.
Thibault : Oui, on aime bien bouger, ressentir quelque chose quand on joue nos morceaux.

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S : Selon vous, qu’est-ce qui vous différencie d’artistes, devenus un peu mainstream à notre goût, comme Gesaffelstein ?
Thibault : Le fait que l’on fait du live déjà ! (rires)
Théo : Ahah, nous nos synthés, notre guitare on les voit, lui, je sais pas comment, mais il fait du live aussi apparemment. Il a sa technique, sa recette, qu’on respecte totalement. Après, musicalement parlant, on est à la limite entre ces artistes Techno, utilisant leurs ordinateurs à fond comme Gesaffelstein, enfin c’est l’impression qu’on a, et les Rebotini, The Hacker qui intègrent des machines. On intègre aussi des voix, des sons un peu plus impériaux en ajoutant nos synthés.
Thibault : Dans notre structure comme tu dis, est différente des morceaux de Techno progressifs. On a gardé un côté musicien dans le fait que l’on peut retrouver dans pas mal de nos morceaux, une intro, des couplets, des breaks et un refrain. On construit notre musique un peu comme, allez je dirais une chanson de Rock au sens large du terme mais au moins dans la structure. C’est ce qui peut surprendre les gens qui s’attendent à un live linéaire. Nous on se permet des moments d’une minute parfois sans beats, sans percussions, très aérien ce qui permet une respiration à la prestation.

S : La Techno est à l’origine des mouvements musicaux comme la Dubstep ou plus récemment la Trap, quel est votre avis concernant ces nouveaux genres musicaux qui se dessinent ?
Théo : En Dubstep, j’aime bien les mec de Noisia parce qu’ils ne font pas que de la Dubstep. Ils font de la Drum’n Bass, de la Drumstep, de la Techno aussi parfois. En Trap ça dépend, j’aime bien TNGHT évidemment, ainsi que les projets solos de Lunice et Hudson Mohawke. J’apprécie énormément leurs sonorités Hip-Hop, d’ailleurs j’avais carrément accroché au live de Dope D.O.D à Astropolis par exemple.
Thibault : Moi ces musiques-là ça me parle en live surtout. Quand je vais écouter ces morceaux juste dans mon casque, je ne vais pas accrocher. Mais quand j’avais vu TNGHT aux Trans l’an dernier je crois, j’avais complètement adhérer. Les mecs ont une grosse présence, le son envoie lourdement, c’est vraiment cool. J’écoute beaucoup aussi la grosse grosse Techno comme Len Faki, Milton Bradley, les labels Prologue et Soma. J’ai aussi dans mon iPod des morceaux de Minimum Syndicat qui est très New Beat, le courant belge, je ne sais pas si tu vois de quoi je veux parler ?

S : Non, pas vraiment ?
Théo : Quand on parle du son de Gesaffelstein, on évoque beaucoup la Techno etc, mais il faut savoir que ça vient de Belgique et de la New Beat en fait. Ça a vraiment débuté avec des Punks qui voulaient faire leur musique avec des synthétiseurs. On retrouve alors Front 242 comme groupe significatif du courant.

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S : D’accord, donc pour revenir à votre style de Techno, vous vous retrouvez plus dans les produits sortis de Berlin ou du côté de Détroit ?
Thibault : Personnellement j’adore les deux. Dans la Techno de Détroit ça reste un peu plus groovy. Tout ce qui est Robert Hood, Jeff Mills, Underground Resistance j’adhères vraiment. Après à Berlin, il y a des mecs qui ont voulu faire encore plus fort, encore pus dur mais les prémisses viennent de Détroit, ça tout le monde le sait. À Berlin, ce qui est cool c’est qu’ils ont les lieux pour cette musique, c’est ancré dans leur culture depuis la chute du mur quasiment.
Théo : Ouais et de plus, je pense qu’ils acceptent plus ce genre musical. Chez nous il y en a aussi mais cela plus discret qu’à Berlin, moins facile d’accès. Les berlinois ont également, depuis la chute du mur, été ouvert à plus de chose d’un coup, c’est peut-être ce qui fait leur ouverture plus importante à ces genres musicaux spéciaux.

S : C’est ainsi que des artistes comme Marcel Dettmann ou encore Ben Clock bénéficient d’une aura relativement importante dans leur secteur. Mais revenons sur votre EP Black Church, où l’on peut trouver de jolis noms tels que Museum (Black Strobe), Black Regent et Backroom Discipline. Comment de tels contacts se sont-ils créés ?
Théo : Dans mon cercle d’ami, il y a les gars de Rafale dont Julien Henri avec qui j’ai discuté musique et auquel j’ai demandé, pour la première fois, un avis sur l’EP. Il nous a donc proposé de l’envoyé à Museum, c’est ce qu’on a fait. Par la suite les deux nous ont proposé un remix car ils aimaient bien l’EP et voilà. C’est vraiment quelqu’un de très abordable et facile d’accès. Ça faisait plaisir que se soit lui qui nous propose directement un remix après s’être prit des vents par des labels parce qu’on était personne !
Thibault : Carrément que ça faisait plaisir, surtout qu’on a un peu galéré car cet EP c’est vraiment un projet Do It Yourself car on trouvait pas de label, on savait pas trop comment démarcher. Du coup ces remixes nous ont vraiment fait du bien au moral. Se sentir soutenu par des personnes qui représentent quelque chose pour nous, car musicalement ils sont balèses. Et pour Black Regent, c’est Guillaume des Disques Anonymes, qu’on a rencontré aux Trans l’an dernier, et qui nous a trouvé quelques dates, à qui ont a proposé de remixer le morceau le plus planant de l’EP car c’est vraiment son registre.

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S : Vous avez trouver un label du coup maintenant, Glacis Records, sous lequel vous avez sorti Black Church. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Thibault : On a simplement sorti l’EP sur Glacis Records mais ce n’est pas notre maison pour le moment. On cherche toujours d’ailleurs, ce label qui nous ressemble tant.
Théo : La sortie de l’EP s’est faite très rapidement. C’est un label qui publie des morceaux un peu différent des nôtres, du coup pour le moment notre futur EP n’est pas destiné à être sorti sur Glacis.

S : On vous retrouve ce soir dans la Green Room des Trans Musicales, comment votre parcours vous a-t-il emmené jusqu’ici ?
Thibault : J’ai été voir Jean-Louis directement ! (rires) J’aime bien raconté cette histoire ! En juin dernier, j’avais entendu dire par nos amis de 1969 Club, qu’il était en train de faire sa sélection. J’y suis donc allé, mon EP sous le bras et j’attendais devant la porte car il écoutait de la musique, c’était de la Techno d’ailleurs. J’arrivais donc au bon moment mais j’osais pas rentrer ! Au bout de 20 minutes, une personne est rentrée dans la pièce et c’est à ce moment-là que j’ai pu glisser entre les mains de Jean-Louis Brossard notre EP. On a été recontacter 3 jours après pour être programmé le samedi en ouverture de la Green Room.

S : La Green Room est-elle votre première « vraie » scène ?
Théo : On a fait la première partie de Black Strobe, on a fait l’Ubu, les Jeunes Charrues, le festival Visions, quelques dates dans des bars mais c’est notre premier festival à grande échelle. C’est comme si on était en CM2 et qu’on rentrait en 6ème ! (rires)

S : Un nouvel EP, de nouvelles dates, avez-vous une actu bouillante à nous partager ?
Théo : On espère bien sûr que les Trans vont servir de tremplin pour de nouvelles collaborations et de nouvelles dates.

S : Question subsidiaire : Dernier ajout dans votre bibliothèque iTunes / iPod ?
Théo : Alors pour moi, ma dernière pépite découverte c’est Sven Wittekind – Measure of Justice ! Une calotte, un morceau de violence, de la pure Techno !
Thibault : Pour moi, c’est un live de Minimum Syndicat à Bruxelles ! Je les avais vu à Rennes, c’était génial ! Ça sonne du feu de Dieu ! Abonne-toi sur leur Soundcloud vraiment !

 

Merci Thibault, merci Théo pour cette interview de passionnés. On vous souhaite que du bon pour la suite et à très vite !

Alors c'était comment ?

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