ITW #2 – Fakear

Découvert par hasard des clics sur le net au printemps 2012 avec l’EP Washing Machine, c’est avec plaisir que désormais on peut entendre le jeune caennais sur les ondes de Nova ainsi que sur scène dans quelques beaux festivals.

De part son inspiration sortie tout droit de la vague d’Hokusai et des Studios de Miyakazi, Fakear transporte et apaise un public conquis par ses beats précis et efficaces. Dernièrement, il a dévoilé son 1er clip (à découvrir en bas de l’article) et a aussi gentiment accepté de nous parler avec passion et sincérité de son aventure. Aventure dont on lui souhaite la plus longue possible.

Prénom : Théo
Àge : 22 ans
Localisation : Paris
Label : Nowadays Record
Dernière actualité : Clip “Morning in Japan”

 

Fakear

Soundigger : Salut Fakear, c’est un très grand plaisir de pouvoir mieux te connaître à travers ces quelques questions. 
Fakear : Merci, c’est un plaisir d’y répondre ! Je m’appelle Théo, j’ai 22 ans et je produis de la musique électronique depuis 5 ans maintenant.

S : Comme d’habitude, notre première question va tourner autour de ton pseudonyme. Comme beaucoup, cela nous a renvoyé l’image du saltimbanque indien. Pourquoi donc Fakear ?
F : En fait cela vient de “Fake” et “Ear” dans le sens “Oreille virtuelle”, car je compose sur ordinateur.

S : Retraçons un peu ton parcours musical. Quand as-tu commencé et qu’est ce qui t’a donné l’envie de produire de la musique ?
F : J’ai découvert la MAO en enregistrant un album avec mon groupe de rock de l’époque. J’ai trouvé dingue que l’on puisse manipuler les sons pour les rendre beaux en dehors du monde réel… On arrive à rendre juste quelque chose qui est faux. Je n’avais jamais osé construire mon propre univers, et en découvrant ces outils, c’était jouable. J’ai pris 2 ans à composer, chez moi, à Caen, pour moi, pour me construire un truc. Et Fakear est né de tout ça. Ca a été une longue gestation.

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S : Tu es donc originaire de Caen. Hormis Orelsan, musicalement, il y a chez vous une scène émergente avec de bons éléments comme Beataucue et Superpoze. Peux-tu nous parler de cette ambiance à Caen autour de la médiatisation des nouveaux talents locaux ainsi que cette scène caennaise que tu dois si bien connaître ?
F : C’est vrai qu’il y a une belle ambiance autour de cette scène à Caen. Je connais bien Superpoze, on a fait de la radio ensemble. Cependant, je n’étais pas trop branché, je ne sortais pas trop, je me souviens qu’il ramenait toujours des sons incroyables en disant “mais il habite à côté” ; j’hallucinais de découvrir petit à petit toute cette scène. La médiatisation de ces talents est une chose, mais le truc fou à Caen, c’est l’accompagnement que fourni le Cargö, la salle de la ville. C’est vraiment eux qui poussent les groupes, qui les fait grandir et les professionnalisent.

S : On t’a connu au travers de ton 1er EP Washin Machine sorti l’an dernier déjà (perso j’suis tombé amoureux de Nightlife et One for the Brave). Comparé à Morning in Japan, on ne ressent pas les mêmes influences même si l’aspect poétique de ta musique, qui fait ton identité, est ancrée. Beaucoup plus Jazzy avec une pointe de Hip-Hop, c’est une autre facette de ta personnalité ?
F : Oui, c’est un autre registre. J’ai un parcours musical bizarre : je suis parti du rock, vers le trip-hop, la world music, puis j’ai découvert le nu-jazz, le glitch, toutes les variantes de l’electro, et au moment de Washin’ Machine je retournais vers un hip-hop plus traditionnel. Cependant, pour moi, “Morning in Japan” représente l’Ep dans lequel j’ai digéré toutes ces influences. Mes anciens morceaux sont très orientés, très adolescents !

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S : Un mot sur le matériel utilisé pour la production, pour les lives ainsi que tes samples ?
F : En live j’utilise des controleurs MIDI, un drumpad et deux MPD. Pour la production, j’utilise vraiment plein de choses, mais principalement mes micros et ma MPD. Les samples viennent beaucoup de musiques traditionnelles.

S : Depuis ta mise en avant par ton EP Morning in Japan, ne souffre-tu pas d’une image très japanisante ? Cela n’est-il pas réducteur quant à tes influences musicales ?
F : C’est intéressant comme question ! Oui, pour certains, je suis un japonais refoulé. Ce n’est pas vraiment l’impression que j’ai. Morning in Japan est un délire, je trouvais les samples jolis, mais ils auraient très bien pu être andalous ou arboricoles, j’en aurais fait le même usage. Ceci dit, je l’ai voulu, maintenant je trouve assez drôle de mettre des coups de pieds dans cette image japonisante.

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S : Restons sur Morning in Japan, d’où te provient cette inspiration, fascination pourrait-on dire de la culture du Japon ? T’attendais-tu à un tel accueil du public ?
F : Je trouve cette culture sereine. En fait je me base surtout sur mes ressentis d’homme occidental européen, je vois le Japon au travers des films de Miyazaki, les toiles d’Hokusai. J’aimerais bien y aller, mais j’ai peur de casser cette image particulière que j’ai du Japon. Je ne sais pas pourquoi ce morceau plaît tant, mais peut-être que justement, je parle d’une manière que les gens comprennent. Je ne veux pas livrer une sensation, mais je cherche à montrer ce que je ressens face à telle ou telle sensation.

S : Racontes-nous ton 1er Live en public ? Sensations, émotions, date, lieu, anecdote ? Quelle place cela a-t-il pour toi dans ta carrière d’artiste ?
F : C’était avec Superpoze, dans un bar à Lille, en mars 2012. Tout s’est très bien passé, je me souviens m’être dit en voyant Superpoze gérer le truc “pfouuu j’y arriverais jamais”. Cela reste la seule date que j’ai faite avec Superpoze. Je jouais des morceaux qui n’existe même plus, avec un trac un peu dingue.

S : Tu as fais donc plusieurs premières parties de concert notamment celles de Wax Tailor et Fauve, avec quels autres artistes aimerais-tu travailler ?
F : Bonobo, c’est un peu un rêve. J’aimerais bien faire un jour sa première partie… Ou simplement lui causer, de la musique. C’est un mec qui m’a profondément inspiré. Si un jour j’ai l’occasion de travailler avec Flume ce serait mortel, il a un groove qui me dépasse, complètement dingue.

 

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S : Quels conseils donnerais-tu à un jeune artiste qui débarque sur une scène de festival ou en 1ère partie d’une tête d’affiche ? Le défi d’être le seul sur scène est-il seulement d’éviter le syndrôme Guetta, (ndlr : mettre Play sur un mix préenregistré en agitant les bras en l’air) ? Gérer la pression d’un public exigeant ? … ?
F : Je lui dirais de ne pas essayer d’avoir l’air cool. Si on t’a mis sur scène, c’est parce qu’on aime ce que tu fais, alors il ne faut pas essayer de se cacher. Il faut rester soi, car en voulant avoir l’air cool en fait on a l’air con ! Plein de mecs sont victimes du syndrome Guetta, mais ce n’est pas forcément un défaut, il faut juste l’assumer, rester soi-même. Si tu es dans ta bulle, à fond dans ce que tu fais, même si tu ne fais pas grand chose, je pense que les gens marchent avec toi. Il y a toujours un feeling avec le public qui fait qu’à la seconde où tu entres sur scène (si tu n’es pas trop saoul), tu sens le truc et tu sais comment faire pour aller les chercher. Sur scène, il faut ressentir, c’est tout. Je pense qu’à un jeune artiste je dirais “Sens la Force, elle est partout”.

S : On a parlé de tes influences musicales mais parlons du coup de tes influences scéniques. Quels groupes t’ont fait transpirer, transcender, voyager par leur Live et qui sont des exemples / modèles pour toi ?
F : Cette technique de live sur machine je la tiens de Superpoze, qui m’a appris les ficelles du truc quand on était au lycée. Après j’essaye de la pousser plus loin, de lui intégrer des choses nouvelles, de la rendre ludique. Je sais que je suis souvent déçu par le côté “live” d’un concert de musique électro. Tu vois, les C2C scratchent et s’échangent les platines, bon. Amon Tobin mixe dans un cube avec de la vidéo partout, cool. Flume tape dans ses mains et sur un drumpad quelquefois, ok. Je ne leur reproche rien, tous ces lives tiennent la route, mais je pense qu’on peut être captivé sans trop d’artifices par un mec qui se défonce sur ses machines, qui se bat avec, qui sue. Je viens du rock, et pour moi un live c’est de la vie. J’ai hâte de voir le live de Jackson and his computerband par contre, car il a l’air d’avoir poussé le truc vraiment loin.

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S : J’ai lu que tu étais étudiant en musicologie, disons que tu vas être notre musicologue du jour. Chez Soundigger, malgré notre automédicamentation, on souffre quotidiennement de besoin-de-nouvelles-découvertes-musicales aigüe. Quel(s)s artiste(s) as-tu découvert récemment et que tu préconiserais pour le bien de nos tympans et ceux des internautes ?
F : Haha, vous me mettez la pression ! J’écoute vraiment de tout, et je ne suis pas trop un défricheur. J’adore London Grammar, je trouve ça beau, simple et touchant ; j’ai découvert Seekae avec son morceau “Another”, que j’écoute en boucle. J’adore le dernier Moderat, et ma claque récemment reste l’album “Glow” de Jackson and his Computerband. Surtout le morceau “Seal”, une révolution.

S : On a eu vent de ton prochain EP – Dark Lands – qui devait voir le jour le 14 octobre prochain. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ? Quels autres projets as-tu en préparation ou envie de réaliser ?
F : Alors, en fait il sortira plus tard. Désolé ! On attend la fin de Morning in Japan, on s’est dit que mi-octobre c’était trop tôt. C’est un EP plus sombre, plus électro, plus poussé aussi. Je quitte le Japon totalement, cela risque de surprendre ! Enfin, ceux qui voit le Japon chez Fakear pourront aussi le voir un peu dans le prochain EP, l’idée du voyage est toujours la même, mais je l’ai élargie.

S : Tu as maintenant libre court pour conclure cet interview. Le champ est libre :
F : Merci beaucoup à vous ! Je suis dans une période où je produis beaucoup, et quand je n’ai plus d’idées, je vais sur Cookieclicker. Allez-y, c’est hyper enrichissant.

S : Merci encore Théo ! On se voit à Nordik Impakt histoire de partager une clope et une bière ?
F : Avec plaisir ! Même deux !

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Crédit photo : Pierre SaloméAishuuDesign Graphic Designer

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