Soundigger : Bonjour Jacques, ravi de te rencontrer et merci de prendre un peu de ton temps pour cette interview. Tu as commencé à te plonger dans le son en 2013 lorsque tu vivais à La Sira, un squat d’Asnières. Tu as commencé à créer tes sons en piochant d’autres sons sur des banques Internet. Une de tes premières apparitions fut sur un remix de Jabberwocky puis tu as sorti ton EP Tout Est Magnifique qui t’a projeté de multiples particules de succès au visage, qui t’a emmené jusqu’au studio de Radio France et fait gratter des lignes aux Inrocks et autres Tsugi. Jacques, en ce jour de fête nationale française, comment te sens-tu ?
Jacques : Je me sens bien wesh ! Je me sens ienb. En ce moment, ça va bien pour moi, pour ce qui est de l’aspect extérieur des choses. J’ai eu beaucoup de chance de voir tous mes efforts se réaliser dans une reconnaissance d’autrui sur mon travail, si on peut appeler ça du travail.

S : Il y a quoi dans ton sac ?
J : Dans mon sac il y a de la valeur matérielle, d’où l’appréhension de mon ingénieur du son qui a peur que je l’ai perdu. En gros il y a, mon Macintosh, son Macintosh ainsi qu’une GoPro, tout un tas de câbles de valeur et éventuellement une carte son. J’ai aussi des choses de valeur émotionnelle comme ma brosse à dents et mon Bouddha vortex. Tiens, j’ai aussi du sirop de Liège, mon porte-monnaie et un micro-piezo, évidemment. J’en ai offert un à James de Salut C’est Cool aujourd’hui.

 

 

S : Dans ta conférence TedX sur les chemins de la confiance d’il y a 2 ans, tu parles de ton rôle transversal d’organisateur d’événements réunissant de multiples disciplines (communication, finance, musique, vidéo, web, scénographie, théâtre). Tu dis aussi qu’à l’époque, tu ne souhaitais pas te spécialiser. Quel a été le déclic pour que tu passes le pas et que tu te décides de te consacrer pleinement au son ?
J : Effectivement, je suis en train de me spécialiser dans la musique. Mais je laisse toujours la porte ouverte à un éventuel changement. C’est-à-dire que tous les gens, tous les interlocuteurs, toutes les personnes avec qui je travaille, ma petite équipe entre guillemets, sont au courant qu’à tout moment, je peux disparaître et aller habiter en Géorgie pour aller faire du vin avec mon ami Guillaume. On sait jamais. Ceci dit, je trouve quand même important de me spécialiser, au moment de ma vie où j’en suis. Au moment où j’ai fais ma conférence, je sortais d’une période où je n’avais pas besoin de me spécialiser, mais au contraire, un besoin de voir énormément de choses. L’erreur, je pense, aurait été de me spécialiser trop vite, avant d’avoir fait le tour de ce qui se fait. Et même si je me spécialise, j’essaie de garder la flexibilité entre les deux polarités. Cette flexibilité qui fait que je n’ai pas l’impression de me spécialiser dans le mauvais sens. C’est-à-dire que j’ai l’impression d’être à la fois mon propre manager, ce qui donne l’impression à mes managers d’être un peu des artistes. J’ai l’impression que c’est une façon saine de se spécialiser plutôt que de garder en soi l’indépendance, la capacité et le recul d’être maître de son emploi du temps. Et en même temps, je n’ai pas non plus l’impression de me spécialiser tant que ça parce que je vais bientôt lancer une marque de frisbee, ce qui n’a rien à voir avec la musique. Finalement, je me spécialise jusqu’à l’âge de mes 30 ans dans l’art de m’exprimer sous toutes les formes que ça peut prendre.

« À tout moment, je peux disparaître et aller habiter en Géorgie pour aller faire du vin avec mon ami Guillaume. »
Jacques

S : Et à 30 ans, qu’est-ce que tu as prévu de faire ?
J : À 30 ans, je ne sais pas ce que je vais faire. Aujourd’hui, j’ai 24 ans. Je me suis juste dis, il y a 2 ans, que je me donnais jusqu’à mes 30 ans pour m’exprimer au maximum et qu’après j’allais sans doute passer dans une phase où j’aurais plus envie de développer mon indépendance. Éventuellement disparaître et fonder une famille. C’est plus une optique de me changer moi-même plutôt qu’essayer de passer des messages.

S : Dans la même conférence, tu dis beaucoup aimer le doute, le doute créatif, remettre en question l’usage et te remettre en question toi-même. À l’heure actuelle, est-ce que tu doutes de toi-même ?
J : Est-ce que je doute de moi-même ? J’en doute. Au fond, tu choisis ton dilemme, j’ai du mal à choisir le mien. En réalité, ma relation au doute est très compliquée à cerner avec un seul degré d’esprit. Il en faut plusieurs pour se rendre compte que, si je doute, cela reste dans le cas d’une certitude. Donc finalement, je ne pense fondamentalement pas pouvoir répondre à cette question sans mentir. Je pense que je ne doute jamais de moi-même parce que la certitude est ce qui me laisse en vie et que dans le cadre de cette vie, j’ai des sous-doutes. Voilà.

 

 

S : Toujours dans tes conférences, tu dis que le « S » de Jacques marque la pluralité de tes personnalités. Aujourd’hui, à quel niveau s’exerce-t-elle ? Musique ? Bouffe ? Brosse à dents ? Carte bancaire ?
J : Dans cette conférence « Wonder Boy », je décris 5 niveaux de conscience que j’ai appelé « le normal », « le rebelle », « le compromiste », « le penseur » et « le jongleur ». J’en ai pas trouvé d’autres depuis. J’ai l’impression qu’il y a dans ce pentagone une forme d’exhaustivité. J’ai l’impression de continuer d’osciller entre ma volonté d’imiter les autres pour pouvoir leur ressembler et celle de changer les choses.
En ce moment, je suis dans une phase où j’accepte plein de façons normales de fonctionner pour pouvoir passer mon message à grande échelle. C’est ce qu’on appelle le pacte avec le diable. C’est l’acceptation d’un asservissement à autrui pour une illusion d’utilité. Genre, ce que je vais faire va changer quoi que se soit au monde. Je suis dans ce game-là, tu vois. Je me laisse complètement happer par le game des médias, de la carte bleue, de la brosse à dents et du micro pour finalement me donner l’illusion que tout ça a du sens et remplir mes journées d’une façon croustillante. Même si je sais fondamentalement que ça n’apporte rien à rien, puisque rien ne sert à rien et que c’est d’ailleurs le fondement de mon message. Il y a donc une forme de paradoxe : le mec qui court le Marathon et qui arrive avec une pancarte « Arrêtez de courir ! » et qui a envie d’être tout devant pour que tout le monde le voie bien. C’est à peu près ça que je suis en train de faire et ça n’a aucun sens. Mais ça ne me dérange pas parce que je suis, pour l’instant, inapte à ne pas le faire.

S : Est-ce que cette pluralité s’exprime par le fait par exemple à avoir un Mac/iPhone et « cracher » sur la société de consommation ? Aller faire de la musique avec Pedro Winter à New-York et tourner son clip dans des quartiers pauvres indiens ? N’y a-t-il pas une contradiction derrière ce comportement ?
J : C’est exactement le propos de ma musique, le lien entre la transversalité des choses. On est aujourd’hui dans une période où, contrairement à la période sur laquelle on a basé nos principes et notre éducation, on se rend beaucoup plus compte que ce n’est pas une question de forme, mais une question de fond et d’intention. Le même acte peut avoir deux significations différentes en fonction du contexte et de l’intention. Finalement, là où on peut voir des contradictions lorsqu’on s’attache à la forme, on voit juste une logique implacable lorsqu’on s’attache au fond. Il n’y a pour moi aucune contradiction entre le fait d’aller faire la fête dans les rallyes comme j’ai pu faire et à la fois sous les ponts à Strasbourg avec des énormes shlagues. Ça ne m’a jamais dérangé et je n’ai pas l’impression de trahir qui que se soit. Je pense que les personnes qui basent leur personnalité sur une appartenance à une parcelle seulement de l’humanité sont des personnes dangereuses et qu’elles le sont surtout pour elles-mêmes, comme une auto-destruction. J’essaie donc de ne pas faire partie de ces personnes-là en essayant de baser ma personnalité sur aucune appartenance, aucun mouvement ou subdivision des êtres humains et encore moins selon des critères de richesse matérielle.

S : Mais en même temps, en live, tu produis une musique qui fait danser le public, même des personnes qui n’ont jamais écouté tes morceaux, qui savent juste que Jacques, c’est « la » personne à suivre aujourd’hui. Par exemple à Dour, on a beaucoup entendu parler de toi. On était dans le public pendant ton live et on a vu les gens réagir à tes sons au moment précis où les basses se mettaient à cracher. N’est-ce pas une sorte d’appartenance que de réagir à l’écoute d’un son comme ça ?
J : Effectivement, j’ai une identité. Due au fait que je suis né là où je suis né, avec les gens qui m’entourent, ce qui fait que j’ai tendance à imiter ce qui se passe autour de moi donc j’ai une culture. Sinon, je ferai des performances de silence. D’ailleurs peut-être qu’un jour quelqu’un fera ça et que ce sera super. Peut-être qu’un jour les gens seront prêts pour écouter le silence à plusieurs. Aujourd’hui, je fais spontanément la musique qui me vient. Elle est située entre ma volonté d’expérimenter, de m’amuser avec les objets et en même temps, une espèce d’imitation de ma vision de la techno pseudo-Berlin avec une touche d’EDM un peu foireuse. Je pense que du coup, ça peut à la fois parler aux gens qui sont expérimentaux dans leur tête, ceux qui s’en foutent de tout. Mais aussi aux personnes « underground » et qui s’en foutent pas du tout de détester le mainstream, mais qui ont peur de l’expérimental finalement. Ces derniers pour moi sont les gens pseudo-originaux en mode « Grand Journal ». Également, ma musique peut parler, j’espère, à une masse de gens qui s’en foutent complètement de la musique, qui la voit juste comme un moyen de passer un bon moment, qui ont juste envie que ça tabasse, d’identifier les anatoles, les ritournelles harmoniques de mes chansons et reconnaître ainsi, inconsciemment, toujours la même chanson. Comme on peut voir que des suites de chords des C2C sont les mêmes que Daft Punk et Hit The Road Jack de Ray Charles. C’est un niveau de lecture fondamental de la musique où on voit que finalement, tout le monde aime la même chose. Donc voilà, moi, j’oscille entre ces trucs-là parce que je trouve ça plus marrant et que surtout, j’ai envie de voyager au maximum et que pour ça, j’ai envie d’être invité partout et que je m’en fous de changer ma musique au son de là d’où j’ai envie de voyager. Si je peux voyager gratos ça me va. Mais s’il s’agit de faire une musique qui dit « Je suis ça », alors non, laisse tomber, dans ce cas-là, je vais faire un truc tout autre.

S : Du coup, qu’est-ce qui plaît vraiment au public dans ta musique ?
J : Dans ma musique vraiment ? Parce que je pense pas que ce qui plait vraiment au public se soit ma musique. Je pense que ce qui plaît c’est la façon dont j’ai de m’exprimer, ma coiffure et la vibe.

S : C’est un effet de mode à ton avis ?
J : Ouais. Mais je le vis bien. C’est la vie hein. Je vais mourir aussi à un moment donné ! (rires)

S : Tu vas mourir dans longtemps, alors que l’effet de mode peut s’estomper très rapidement.
J : J’sais pas. On sait pas. Si ça se trouve, je vais mourir avant que l’effet de mode ne s’estompe. Tu sais la mode, ça peut aussi durer longtemps. Genre, le jean’s s’est à la mode depuis longtemps.

« Donc là, c’est un effet de mode, ça ne durera pas. J’espère que j’aurais mis ma famille au calme avant que tout ne s’arrête. »
Jacques

S : Mais le jean’s c’est un éternel recommencement.
J : Ouais, c’est pour ça que ça ne me dérange pas. Ça fait partie du cercle. C’est comme quand tu manges, à un moment donné, tu vas de nouveau avoir faim et ainsi de suite. Donc là, c’est un effet de mode, ça ne durera pas. J’espère que j’aurais mis ma famille au calme avant que tout ne s’arrête. Après, tant que j’ai toujours mes potes et que je ne devienne pas un connard, ça ira pour moi hein ! (rires) Franchement, les gens qui sont là, je les vois quand suis en concert ou en festival, mais le reste du temps je vois mes potes, je suis chez moi, je suis en voyage… Si ça dure et que ça me plaît tant mieux. Si ça dure et que ça ne me plaît pas, c’est chiant. C’est aussi un problème ça ! Imagine que ça ne s’arrête jamais et que je ne kiffe pas.

S : Mais comme tu disais, à ce moment-là, tu pourras t’en sortir. Tu pourras faire du vin en Géorgie avec ton pote Guillaume.
J : Ouais voilà. Je pourrais m’en sortir en allant dans un pays où tout le monde s’en branle de tout.

S : Ça c’est un bel échappatoire !
J : Grave !

 

 

S : Intentionnelle, minimaliste, chaleureuse, colorée, humaine, spontanée… Telle est la manière dont je perçois ta musique. Quel est le plus beau compliment que l’on puisse faire sur ta musique ?
J : Je ne sais pas, mais ça me fait penser qu’un jour on m’a fait un compliment, un compliment du genre indirect. J’aime beaucoup ça. Donc d’un côté, t’as le mec qui arrive et me dit : « Super ton concert ! » Bon là, sur cette phrase c’est marqué « compliment » dessus, tu peux pas te tromper, tu le mets dans la case « compliment ». Après, ce qui est rigolo c’est quand après un concert, je reçois un mail d’un gars qui a filmé une partie du live et qui me demande : « C’est quoi la chanson que tu as passé ? Est-ce que tu peux m’envoyer cette chanson, elle est trop bien ! ». Derrière ce mail, naïvement, il est train de me dire : « J’ai pas remarqué que t’étais en train d’improviser, j’ai pas remarqué que tu ne passais pas un disque, j’ai trop kiffé et j’aimerais bien la réentendre. » Ça, je trouve que c’est un super compliment parce que ça me fait me dire « Ok, je suis sur la bonne voie, j’arrive enfin à improviser des trucs qui sonnent comme de la vraie musique. » À tel point que des gens, qui n’ont même pas remarqué la performance, kiffent le son. Et moi ça me convient très bien ! Je m’en fous du côté spectaculaire de ma performance. J’ai juste envie que les gens se regardent entre eux, et non pas moi, qu’ils apprécient la soirée, la foule et le son.

 

 

S : On avait envie de revenir sur le clip de « Dans La Radio » que tu as tourné dans les slums indiens. Peux-tu nous dire comment s’est passé le tournage ?
J : J’ai rencontré sur le net un mec qui s’appelle Vincent Castant, qui est à l’origine d’une série qui s’appelle « Ouai j’vois ouai« . Faut absolument que vous regardiez ça ! Vincent, c’est un mec qui fait les choses vraiment spontanément, ça me fait délirer. J’ai l’impression qu’on est sur la même vibe. Quand mon premier clip est sorti, plein de gens lui ont envoyé des mails disant « Il faut que tu rencontres Jacques ! C’est trop bien ce qu’il fait ! ». Auparavant, je lui avait écris par Facebook directement en lui disant « C’est trop bien ce que tu fais, continues ! ». Ce à quoi il m’a répondu : « Tout le monde m’envoie ton clip, il faut absolument qu’on se rencontre. » On avait deux conversations parallèles sur Facebook en fait. Ça nous a fait marrer, ça nous a donné l’occasion de se rencontrer, on a parlé de projets communs pendant 6 mois, mais comme souvent, ça ne s’est pas réalisé. Jusqu’au jour où un pote m’a invité à Bombay. Sachant que Vincent Castant habite en Inde, je l’ai appelé pour qu’on se rejoigne et on s’est mis à filmer des trucs. Il avait bien aimé ma chanson réalisée pour Radio France donc on s’est lancé sur ce clip et ça m’a donné l’occasion de sortir le morceau. Même si « Dans La Radio » est un peu orphelin, ne sortant pas d’un album ou d’un EP, je l’aime bien comme ça. Plein de gens me découvrent avec ce morceau et ça me va complètement.

 

 

S : Tu t’es baladé en Inde ? Tu es allé voir d’autres endroits que Bombay ?
J : Je suis allé à Tiruvannamalai, puis autour d’Arunachal, la montagne sacrée. Je me suis aussi baladé avec ma maman, qui organise des voyages en Inde pour des occidentaux qui veulent découvrir l’Inde sous le regard du Yoga, parce qu’elle est aussi prof’ de yoga. Elle m’a donc embarqué avec une quinzaine de personnes de Chennai à Amalapuram en passant par Pondicherry et Auroville jusqu’à l’ashram de Sri Ramana où on a passé une semaine. Enfin, on a fini par le Girivalam autour de la montagne le soir de pleine lune. J’ai fais ça deux fois. Je faisais la musique pour les cours de yoga. Dernièrement, j’ai voulu aller dans les villes indiennes, parce que ma mère ne nous amène jamais dans les villes, car elle n’y trouve que peu d’intérêt. J’ai donc été à Bombay, New Delhi, Goa où j’ai fais une date d’ailleurs. Goa, c’est un bon endroit pour commencer parce qu’il y a plein d’occidentaux, mais j’aimerais plutôt jouer pour des Indiens.
Il y a des pays comme ça que j’aime bien. L’Inde, le Brésil, le Mexique, les États-Unis et toute l’Europe. En fait quand je cite les pays que j’aime bien, je me rends compte que je les aime tous bien. J’aimerais bien faire des tournées partout, voyager avec la musique. S’il faut que je mette des bruits d’objets indiens ou chinois pour me faire booker là-bas, je le fais direct.

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Auroville Plaza

S : Dans tes premiers morceaux, tu portais un rapport très particulier aux objets. Dans une interview pour Prun’, tu as déclaré vouloir faire évoluer ton univers en t’intéressant aux bruits d’intention du style « tsss », « pfff »… Est-ce que le morceau « Dans La Radio » s’inscrit d’une certaine manière dans cette veine ou es-tu passé à un autre concept ?
J : Ouais. Les paroles, il faut les penser quand tu les chantes, ça fait la diff’. Dans « Dans La Radio », j’avais dans la tête la rythmique des gens qui font « Ouais » d’acquiescement intempestif dans une conversation. Il y a plein de gens qui font ça, notamment pendant des interviews. Ils ne s’en foutent pas, mais t’as des journalistes qui sont à fond dans les « Ouais, ouais » comme pour montrer qu’ils adhèrent à tes propos, qu’ils sont présents. Mais bon, on a tous été comme ça aussi en soirée quand t’as quelqu’un qui te parle d’un truc dont tu te fous royalement.

 

 

S : Tu parles beaucoup de Pokémon dans tes interviews, et vu que c’est d’actualité avec Pokémon GO toussa, on se demandait : si tu étais un Pokémon, lequel serais-tu ?
J : J’ai l’impression déjà d’être un Pokémon. Je suis Jacques Auberger ou Jacob Hergé, au choix. D’ailleurs, c’est rigolo car l’autre jour, mon ami Flavien Berger a donner un concert à Lausanne devant 1000 personnes et entre deux chansons il a fait : « Monsieur et Madame Hergé ont un fils, comment s’appelle-t-il ? Jacob. » Tout le monde s’en foutait, il y a juste moi qui ai compris la vanne. (rires)
Bon au final, pour répondre à la question, j’aime bien Insécateur, l’insecte qui vole, celui qui est hyper subtil, qui découpe les trucs très précisément avec ses doigts en mode Edward aux mains d’argent version Pokémon. J’aime aussi beaucoup Alakazam, celui qui tord les cuillères en mode psyché et tout. Ça j’aime bien. Un mélange des deux serait pas mal avec un côté sportif chez Insécateur et un côté mental chez Alakazam. Si on pouvait faire un Insékazam ça serait cool bordel !

S : J’aime bien Psykokwak moi.
J : Psykokwak il fait bader mec ! Il est bizarre, on dirait qu’il ne maîtrise pas sa force.

 

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« J’ai l’impression que l’amour c’est autre chose, quelque chose d’éternel, qu’on a tous au fond de nous… »
Jacques

 

S : Ma dernière question pour clôturer cette interview sera celle-ci : Qu’est-ce que l’amour pour toi ?
J : Ahhh ! Pour moi l’amour, c’est une sensation culturelle, temporaire mais néanmoins très agréable.

S : Est-ce que tu dis ça parce que tu ne l’as jamais vécu ?
J : Oui, je ne l’ai jamais vraiment vécu. Mais je pense l’avoir vécu suffisamment à petites doses pour savoir de quoi c’est fait. Aujourd’hui, je pense être dans la maîtrise de moi-même, dans le sens où je ne veux pas être amoureux pour combler un manque. J’ai l’impression que ce n’est pas ça être vraiment amoureux. J’ai l’impression que l’amour c’est autre chose, quelque chose d’éternel, qu’on a tous au fond de nous, qui est à la fois égal à ce qu’on est, et à la fois on peut le laisser s’exprimer. C’est la force de dire « Pardon », « Merci », de se lever le matin et de faire des choses pour les autres. C’est ça vraiment l’amour. Ça ne doit pas être un truc de couple stéréotypé et fermé entre deux personnes. Ça j’ai l’impression que c’est plutôt un moyen de se combler, d’arrêter de se poser des questions existentielles et d’y répondre par une posture mentale de l’ordre de la béquille. D’ailleurs, quand tu prends un coeur, le symbole de l’amour, tu remarques que ça forme deux points d’interrogations collés ensemble. J’ai l’impression que ce n’est pas répondre aux questions que d’entrer dans un couple. Finalement, ce n’est que rentrer dans une sorte d’illusion temporaire d’équilibre, qui a comme effet de croire en l’existence de l’autre. Alors que moi, d’une certaine façon, j’essaie de ne pas trop croire en l’existence de l’autre. J’essaie plutôt de voir les autres comme si c’était moi-même. Non pas comme une entité détachée que je dois conquérir, chérir, mettre dans une espèce de cocon pour m’appartenir. Je trouve ça malsain, même s’il y a des phase de bonheur pur et vraiment sincère. Il n’y a pas de doute là-dessus, l’amour « dans le mauvais sens du terme » rend heureux, dans le bon sens du terme. C’est juste temporaire. Donc ce n’est pas une maîtrise. C’est un échantillon comme la drogue ou la bouffe. Sauf que l’amour est admis comme quelque chose de normal.

S : Merci beaucoup Jacques !
J : Merci à vous Soundigger !

 

 

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Merci Dour, merci Jacques, merci Victoire pour avoir fait que cette interview ait pu avoir lieu.

Alors c'était comment ?