L’Homme Alité EP | 10 Questions à Lucio Bukowski

L’Homme Alité EP | 10 Questions à Lucio Bukowski

L’Homme Alité, probablement l’EP le plus introspectif de Lucio Bukowski. Retour sur ce beau projet aux côtés de son auteur.

Soundigger : L’Homme Alité, tu as écris cet EP après ton opération du dos qui t’a cloué au lit pendant un moment. Combien de temps cela t’a pris ? 

Lucio Bukowski : Le projet a été écrit sur 3 semaines environ. Oster m’envoyait des instrus et je grattais au fur et à mesure.

S : Dans quel état d’esprit étais-tu au long du processus d’écriture ?

Au fil des jours le moral remontait peu à peu jusqu’à trouver un aspect positif, voire apaisant, à cette période qui a été bénéfique au final. D’ailleurs on le ressent bien : « D’un blues l’autre » est très noir, puis « Les jours sans… » laisse apparaitre une vision plus nuancée… jusqu’à « Moondog » qui est un texte totalement positif.

S : Chaque track de l’EP semble représenter un sentiment que tu as pu connaître pendant ton rétablissement. De tous tes projets, c’est pour moi ton EP le plus introspectif et personnel. Qu’en penses-tu ?

L : Oui je pense. En plus de la convalescence en elle-même, ce fut une période très difficile du point de vue intime. Du coup, le fait d’être bloqué au lit te fait réfléchir, te pousse à l’introspection, à la remise en question sur toutes sortes de domaines. C’est pourquoi cela a été bénéfique. Ma vision de certaines choses de la vie (là je ne parle pas de musique) a été ébranlée et modifiée.

S : Tu cites l’écrivain Jack London dans « D’un Blues l’Autre », le célèbre Jimmy Hendrix dans « Synesthète », le peintre Van Gogh dans « Bon Sang d’putain », le compositeur Monndog dans « Moondog » et le chanteur/acteur Phillipe Léotard, dans « Gange ». Quel est ton regard à la vue de leurs vies parfois marginales, parsemées d’embûches et d’excès en tous genre ?

L : Les marginaux (dans les arts comme dans la vie) m’intéressent car c’est chez eux que l’on retrouve paradoxalement l’existence véritable. Ces artistes que je cite ont échappé (parfois tragiquement) aux contraintes sociales de leur temps, à l’appel de la réussite, à l’obsession de l’argent et du pouvoir… Et ces hommes l’ont fait pour une seule et unique chose : aller au bout de ce qu’ils ont ressenti dans leur âme comme étant leur voie, ce que Louis Calaferte appelle « l’aventure intérieure ». Même sans rapport à Dieu, ils ont été des mystiques, des hommes intègres envers eux-mêmes et pratiquant le refus de ce qu’ils estimaient inique et abjecte… Cela explique pourquoi leur art est absolument unique et important. Ils nous ont offert des voies différentes de celles que l’ère du temps impose avec une pression de plus en plus forte.

S : Dans le morceau Moondog tu dis « Voici mon coup d’éclat : n’être rien au milieu d’eux ». J’ai souvent trouvé que ce genre de phase était fausse dans le sens où tu sais que tu as du talent (cf « Ils ont les millions sur Youtube et nous le talent » dans « Bon Sang d’putain »), que tu fais aussi des milliers de vues (cf « Feu Grégeois ») tout en faisant des coups d’éclat partout où tu joues. 

L : On en revient à la question précédente… je parle de « n’être rien » en fonction des codes et critères de l’ère du temps. Les vues sur Youtube ne font pas de toi quelqu’un. ça c’est de la fumée. Elever son enfant est un acte infiniment plus fort que faire des millions sur Youtube. Ces questions-là ne sont pas mon objet.

S : Ok, je n’avais pas vu cette phase dans ce sens-là. C’est plus clair maintenant.
Pourquoi la citation d’ « Eaux Fortes, le parfum de la jeunesse », tiré du film « La Vie dissolue de Gérard Floque » dans Synesthète ?

L : Hahahaha… il faut demander à Oster !


Eaux Fortes, le parfum de la jeunesse par Jules_Bonnot

S : Il y a beaucoup de références à la jeunesse dans les textes de L’Homme Alité. Notamment dans « Les jours sans » on dirait que le refrain leur est dédié. En résumé, quel est le message que tu souhaites (leur) faire passer ?

L : Le même message qu’habituellement : soyez des hommes et des femmes libres. C’est-à-dire recherchez sans cesse des réponses et ne vous arrêtez plus. Et surtout refusez tout ce qui est destiné à vous éteindre.

S : Tu lâches une belle démonstration de technique à la fin de « Gange ». Quel est l’effet souhaité à cela ?

L : Nouveau cycle. Nouvelle vision de la vie. Pour reprendre une image du Yi King : le brin d’herbe sous la pierre…

S : Un an après les avoir écrit, comment analyses-tu tes textes et les sentiments qui ressortent de l’EP ?

L : Je ne l’écoute plus. C’est un peu comme l’IRM que le chirurgien te fait passer afin de repérer ce qui cloche dans ta colonne vertébrale : une fois l’opération passée, tu la range dans un tiroir. Ecrire ce projet m’a aidé à passer un cap. Une brique de plus. Désormais j’avance vers d’autres réflexions.

S : Pourquoi avoir décidé de concevoir cet EP uniquement avec Oster Lapwass et Baptiste Chambrion quand on sait que tu as fais d’excellentes collaborations avec d’autres beatmakers comme Nestor Kéa, Tcheep ou Mani Deïz ?

L : Chaque projet que j’ai sorti est toujours construit exclusivement avec un seul beatmaker (ici s’est ajouté Baptiste Chambrion à la guitare comme pour « La Plume et le Bris-Glace »). L’idée est toujours la même : en trouvant une osmose particulière avec le musicien je peux plus facilement développer une cohérence textuelle et musicale. Le projet est ainsi unifié sous une couleur singulière… Je n’aime pas beaucoup les disques « patchwork ».

S : Merci beaucoup Lucio !

L’Homme Alité est disponible en téléchargement juste ICI. Son prochain album en collaboration avec le beatmaker Kyo Itachi, « Kiai Sous La Pluie Noire », sortira des fours le 13 novembre 2015 avec un premier extrait à écouter .

Année : 2015
EP : L’Homme Alité
Label : /
From : Lyon, France

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