INTERVIEW • DJ One Up, des bacs de Nantes aux platines de battles internationaux

INTERVIEW • DJ One Up, des bacs de Nantes aux platines de battles internationaux

 

Soundigger : Salut One Up, tu vas bien ? Dans un premier temps, pourrais-tu te présenter en 2-3 mots pour ceux et celles qui ne te connaissent pas encore.
One Up : Bonjour à tous, moi c’est DJ One Up. Je me suis plongé dès 1998 dans le milieu de la danse hip hop. J’ai commencé à toucher aux platines en 2000 dans ma ville d’origine à Poitiers. Je me suis lancé dans cette discipline par curiosité et surtout influencé par deux de mes meilleurs potes qui étaient déjà dans le délire des platines et du scratch. En 2003, le délire commençait à devenir de plus en plus sérieux. C’est à cette époque que j’ai commencé vraiment à m’entraîner, à rechercher des sons et à jouer dans quelques battles. J’ai tourné pas mal en France avant de débarquer à Nantes en 2007. En 2008 et 2009, j’ai mixé aux qualifications du Battle OPsession organisé par Pick Up Production avant de jouer aux finales de ce même battle en 2010. C’est ce qui m’a fait décoller sur la scène DJ break et hip hop.

 

S : Tu es donc tombé dans la marmite de la musique et du hip hop il y a quelques années déjà à Poitiers.
O : A Poitiers en 1998 ouais. J’avais 17 ans quand j’ai commencé la danse avec ma soeur et son entourage de potes, on allait souvent à la salle s’entrainer. J’écoutais pas mal de hip hop déjà à l’époque. Avec mes deux compères, Florian aka DJ Letiks et Meryl aka DJ Clecktik, nous avons alors montés un collectif, « From Scratch ». Ensemble, on passait des nuits blanches à mater des vidéos, à scratcher, à essayer des enchaînements, à écouter des disques. Cette période-là fut pour moi une sorte de révélation. J’avais trouvé une forme artistique où j’avais beaucoup de vocabulaire, d’autant plus que je faisais ça avec mes potes.

 

S : Vos recherches et expérimentations tournaient essentiellement autour du hip hop ou vous touchiez aussi d’autres styles musicaux ?
O : Déjà à l’époque on était vraiment des gros aficionados du hip hop. On écoutait déjà pas mal de rap français, de rap US. On s’entrainait surtout sur les techniques de scratch ou de passe-passe, mais on avait aussi cette volonté de savoir d’où ça venait. Je pense qu’on ne se doutait pas encore qu’on était véritablement passionné mais on avait cette démarche de vouloir capter pourquoi ça en est là aujourd’hui, pourquoi ça nous fait vibrer. De manière spontanée donc, on a cherché à comprendre ce mouvement, cette culture qu’est le hip hop.

 

 

S : Quand on tombe dans cette marmite de la musique, il y a 1001 manières de s’y investir. Organisation d’événements, activisme auprès de structures liées au mouvement, rédaction, radio et diffusion d’artistes. Au départ, tu viens de la danse, puis tu t’es plongé dans la recherche musicale. C’est cette démarche qui t’a ensuite mené au DJing ?
O : Il y a plusieurs étapes au sujet de mon arrivée dans le DJing. Tout d’abord, mon père étant musicien, j’ai eu accès très jeune à pas mal de musique à la maison. De grands classiques comme du Charles Aznavour, Joe Cocker… De la musique rock aussi, AC/DC, Dire Straits… Que des classiques. Que du vinyle. Ça jouait donc beaucoup dans ma famille, surtout autour de la guitare via mon père guitariste. J’avais aussi des oncles et tantes qui dansaient déjà avec tout ce délire de Poppers, de Boogaloo. Avec ce cocon-là à la maison, j’ai eu donc accès à toute cette culture très tôt dans mon éducation musicale. Adolescent, je me suis mis au basket. Ce sport et le hip hop étant étroitement liés, je me suis mis à écouter pas mal de rap français et américain. Au début des années 2000, la discipline du DJing est venu de manière spontanée avec la rencontre de mes deux camarades. En fait, on a vite eu des platines à la maison. C’est mon pote Florian qui m’a avancé mes première platines, je l’ai ensuite remboursé au fur et a mesure. Au final, c’est surtout cette curiosité de savoir ce qui se fait et pourquoi ça se fait dans le milieu hip hop qui m’a progressivement mené vers le DJing.

 

« Les gens voient parfois les DJs comme des personnes qui passent simplement de la musique et voient rarement le côté historique et technique de la discipline. »

 

S : Tu t’investis aussi fortement au niveau local : Mixadelic sur Prun’, Foreign Diggers sur Euradionantes, ateliers DJing… Quelle est ta démarche dans ces activités-là ?
O : Ma démarche est de présenter le DJing qui reste souvent et pour beaucoup une displine obscure. Les gens voient parfois les DJs comme des personnes qui passent simplement de la musique et voient rarement le côté historique et technique de la discipline. De mon côté, lors des ateliers que j’anime, j’aime bien revenir aux fondements. J’amène donc pas mal de bouquins, de vidéos ou de photos pour illustrer cette discipline. Cela me permet d’expliquer que ces techniques ont été développé dans les années 70. Par exemple, quand j’évoque le passe-passe (merry-go-round en anglais) cette technique de sampling manuel d’un point de vue rythmique, j’évoque forcément Kool Herc qui est le véritable père de ce savoir-faire. Quand je parle de scratch, je cite le DJ du Bronx, Grand Wizard Theodore. J’ai à coeur de faire comprendre aux gens les différentes évolution de la pratique du DJing en leur donnant les références de qui à inventer quoi, comment et pourquoi. Ma démarche se résume donc à leur présenter tout ce panel d’informations, sans imposer ma manière de faire, car je n’ai pas envie de créer des clones de DJ One Up, mais plutôt de faire (re)découvrir des choses que les gens oublient et de créer des vocations. Je dis ça aujourd’hui car de mon côté à un moment donné, il y a eu des personnes qui m’ont aussi passé le témoin. Enfin, j’essaie beaucoup d’apporter des références de sons, de livres, de samples ou d’anecdotes techniques. Ce sont plein de petits détails que j’essaie d’apporter, pas seulement de la musique.

 

 

S : Peux-tu nous balancer quelques références de bouquins à lire cet été ?
O : J’aime beaucoup Ego Trip’s Book of Rap Lists, c’est un livre écrit par thèmes. Tu vas avoir par exemple la tracklist des 20 meilleurs morceaux Soul selon Afrika Bambaataa. Tu peux aussi trouver les musiques de films qui ont été samplé dans les classiques hip hop ou les 10 plus mauvais titres de rap gangsta par rapport à leur textes trop clichés… Après tu as aussi le livre We B*Girlz qui traite notamment de la danse, en particulier de la nouvelle génération de femmes qui ont marqué le milieu très masculin, malheureusement, du breakdance aux US. Enfin, The New Beats de S.H Fernando Jr nous embarque aux États-Unis du début des années 70. Dans ses lignes, le journaliste cite même le nom des rues où il se trouve au moment où il entend un track, où il rencontre Kool Herc pour la première fois, où il voit une block party qui s’agite avec des artistes reconnus mondialement aujourd’hui. C’est une oeuvre d’une précision chirurgicale ! Si tu as déjà voyagé ou pas à New York, ce livre donne des points de repères incroyables pour pouvoir se retrouver sur ces lieux plein d’histoire.

 

tumblr_n2gqmbb5rm1svu7e2o4_r3_1280

 

S : En plus d’être DJ, tu es aussi producteur depuis quelques années. Tu as sorti un opus « Catch Your Breaks » avec DJ Freshhh en février 2016. Quelques mois plus tard tu as sorti « Catch The Unique Break » en collaboration avec Dj Cléon, Le Parasite, G.Bonson et Joe Bonza. Tu as aussi à ton actif deux disques enregistrés sous forme de mix, « Catch Your Breaks ». Ça tourne beaucoup autour du break tout ça, les bboys sont définitivement ta cible avec ses sorties non ?
O : (rires) J’ai envie de dire oui car la musique pour les bboys est une musique très codifiée. C’est un style musical qui est propre à lui-même en fait. Comme la musique électronique ou le rock, il y a des spécificités qui découlent dans chaque genre et le break en fait partie pour le hip hop. La musique pour les breakeurs est vraiment spécifique avec une ambiance funk et soul. Après, toutes les mixtapes que je produis en solo depuis 2010 et les collaborations avec DJ Freshhh de Rennes depuis 2 ans, sont vraiment une envie de partager notre univers avec les danseurs. Malgré le fait que l’on joue deux styles de musiques différents avec mon compère Freshhh, on essaie ici d’associer tout cela.
Mais au final, dans le sens où le break est une véritable passion depuis fin 1998, passion dont j’aime l’esthétique, l’énergie, les performances et tout ce qui permet de créatif, oui on peut dire que les bboys sont ma cible. Mais pas une cible au sens commercial du terme, plutôt au sens passionné.

 

S : Par rapport à la production musicale, quels sont donc les codes spécifiques au break qu’il faut respecter ?
O : Tout d’abord, un peu de culture générale : il faut savoir que le « B » de bboys et bgirls vient du mot Break. À l’époque, les danseurs descendaient au sol pendant les passages de break, quand t’avais la partie de basse-batterie qui était mise en avant dans les morceaux. On retrouve ce passage dans beaucoup de classique de James Brown ou Aretha Franklin. Les passages qui étaient repris par les DJs pour les danseurs étaient ce qu’on appelle les passages de break. D’où le nom de Bboy et Bgirl. 
Quand je compose un titre, je pars de cette base-là. Je créé une batterie énergique et assez rapide avec un jeu très Funk 70’, donc des batteries bien remplies avec un gros kick, une snare très appuyée et des ghost notes qui permettent de créer des roulements de caisse claire. C’est des batteries qui doivent groover donc on est en recherche de décalage entre les kicks, les snares et les charleys. Avec la mise en avant de la basse ce sont les deux éléments vraiment importants. Après le but c’est de trouver un thème qui va donner la mélodie ainsi qu’une âme, un univers au morceau.

 

news_34722_0

 

S : Quid de vos mixes avec DJ Freshhh et de ton album ?

O : Sur nos mixes on est essentiellement sur du digging. Pour nous, le but d’une mixtape c’est de faire une photographie du moment où on l’a créé. C’est à dire dans 10 ans, quand on réécoutera cette mixtape-là, on pourra se dire « ah ouais, il y avait ce morceau-là qui nous avait touché et qui pouvait fonctionner pour les bboys à cette époque-là ! ». Ou alors ce même titre aura fait son temps et sera devenu complètement has-been. 
Après mon album, « Catch The Unique Break » a été une forme de concrétisation de mon envie de toucher au beatmaking. Le fait de créer mes propres sons me permet de dépasser mon statut de DJ, de créer mon univers à moi et aussi de réutiliser mes disques en DJ set. Sur ces tracks-là, j’ai vraiment créer tous les brouillons pour ensuite collaborer avec des beatmakers et musiciens afin qu’ils puissent amener leur patte. C’était aussi des personnes avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Bosser avec un gars comme DJ Cléon, qui est un peu le papa des DJs de battle, c’était une sorte de consécration. J’ai collaboré avec G.Bonson que j’avais rencontré à Tours lors des Rencontres Régionales de Danses Urbaines, mon premier festival hip hop en 1999. On retrouve aussi Le Parasite, un gars rencontré à Nantes avec qui j’ai eu un bon feeling et qui pouvait amené une patte différente de tout les autres beatmakers. Enfin il y a les musiciens de Joe Bonza que j’ai rencontré il y a 5 ans à Angoulême lors d’un événement que Bboy Fever organisait.

 

« Cela va faire 16 ans que je suis derrière les platines à la recherche des bboy’s breaks. C’est quelque chose dont j’ai jamais lâché l’affaire. »

 

S : Depuis le début de l’année tu as tourné dans une dizaine de lieux et d’événements hip hop à Nantes pour HIP OPsession, à Marseille, Bordeaux, Barcelone et dernièrement à Singapour. Comment se fait-on remarquer en tant que DJ dans ses sphères du break ?
O : Je pourrais dire qu’on se fait remarquer par son originalité mais ça veut tout et rien dire à la fois. Pour ma part, c’est un milieu où je suis plongé depuis longtemps. Cela va faire 16 ans que je suis derrière les platines à la recherche des bboy’s breaks. C’est quelque chose dont j’ai jamais lâché l’affaire. Au départ, ma première règle était d’avant tout de créer mon originalité en m’imposant le fait de ne pomper personne. De ne pas aller chercher un son d’un DJ et de la rejouer ; ça se fait beaucoup dans le milieu et ça peut créer des polémiques, des histoires. Ça ne m’intéresse pas de faire ça, moi je joue mes sons et si je suis copié je prendrais ça comme un bon signe et ne créerais pas d’animosité par rapport à ça. Pour s’imposer dans le milieu je pense donc que c’est quelque chose qui se fait dans le temps. Les places sont chères, on n’est pas nombreux à voyager et vivre essentiellement de ça. Cela dit, quand je me suis lancé, j’ai eu la chance d’être invité sur pas mal d’événements en France, de Perpignan à Marseille, à Montpellier, Nantes, Tours ou Poitiers ma ville natale… Je faisais ça à l’époque sans trop d’ambition, je le faisais par passion, ça me donnait de l’énergie, ça m’en donne toujours d’ailleurs. Pour avoir sa place, il faut d’abord faire le taf, bien s’entrainer techniquement, faire une bonne recherche de son et après comme on dit, il faut être au bon endroit au bon moment. Ma participation dans des événements comme HIP OPsession, Chelles Battle Pro, Battle of the Year France ou International a évidemment bien aidé à gagner en visibilité. De fil en aiguille j’ai mixé aussi à l’étranger. Mon premier voyage a été à New York sur un événement appelé Evolution, organisé par BboyWorld. Mon nom s’est donc fait ainsi, par les événements, le réseau, le bouche à oreille et le taf.

 

 

« Quelque soit les moyens que les gens ont, il y a quelque chose qui se passe avec le hip hop partout dans le monde. »

 

S : Le bouche à oreille dans le réseau bboy a du jouer aussi j’imagine.
O : Oui complètement, c’est un réseau qui reste petit mais qui a une ampleur internationale. Cela peut donc aller très vite ! J’ai donné des ateliers DJ à Mayotte, à Madagascar comme j’ai été à Singapour il y a quelques semaines. On est quasiment à l’opposé au niveau culturel mais le mouvement hip hop et en particulier la danse a trouvé sa place dans ces pays-là. Quelque soit les moyens que les gens ont, il y a quelque chose qui se passe avec le hip hop partout dans le monde.

 

S : Le documentaire « Shake The Dust » d’Adam Sjöberg et produit par Nas illustre très bien tes propos d’ailleurs.
O : Carrément ! On peut voir que si tu dispose d’une salle avec un beau parquet bien lisse ou si tu n’as que de la terre battue, cela n’empêche pas les gens de pouvoir s’exprimer musicalement et corporellement.

 

 

S : Lors du dernier festival HIP OPsession, tu étais présent sur les deux jours du Battle OPsession. Le premier jour tu jouais en Top Rock, le second était consacré aux finales 1vs1 et 3vs3. Tout d’abord peux-tu nous faire un rappel des différences dans les danses hip hop.
O : Je vais commencer avec la discipline où je suis le plus à l’aise, le top rock ou breakdance. On dissocie souvent ces deux termes mais pour moi, ils sont liés voire totalement identique.
Il y a différents mouvements dans le breakdance :
Top Rock : pas de présentations et mouvements debout que font les breakeurs avant de descendre au sol.
Les up rock : mouvements de bas en haut. Les danseurs sont toujours debout mais montent et descendent.
Les thread : mouvement debout et au sol. Combinaisons entre les bras et les jambes qui permettent de créer des clés.
Les burns : mouvements mimant les armes, les couteaux ou les arcs et les flèches.
Les passe-passes : Tous les mouvements qui se passent au sol.
Les power moves : Tout les mouvements effectués en rotation sur les mains, la tête…
Les freezes : Les positions bloquées sur la tête, les mains. C’est souvent le mouvement qui finalise un passage.

Le breakdance amène vraiment un mouvement au sol.

Les prémices du lock naissent à l’époque des Soul Train, l’émission que tout le monde connait. Celle-ci a vraiment créé une démarche, un style de danse et une façon de s’exprimer. À cette époque-là, les gens avaient envie de vraies pulsions créatives. Certains imitaient des mouvements d’animaux. Dans les mouvements de lock, tu peux retrouver par exemple le funky chicken ou le funky pinguin. Mais il n’y avait pas que ça, chacun avait son propre style. On est là dans les années 70.
Concernant le popping, ça vient plutôt début des années 80 durant un période post-industrielle. Les gens ont voulu alors créer une sorte de robotique, de mouvements mécaniques avec leur corps. Ils créent des pulsations et contractions musculaires avec les différents membres du corps pour créer une chorégraphie saccadée. Le premier groupe de popping était les Electric Boogaloos.
La house suit avec l’évolution de la musique et d’une culture club dont sont issus tous les danseurs du style.
Le style de danse hip hop appelé à la base newstyle est arrivé, selon moi, avec l’arrivée des sons West Coast. Quand des producteurs ont sorti une musique beaucoup plus hargneuse et teintée d’électronique.
Au final, on le voit nettement ici, la musique et son évolution créent des tendances dans la danse. Il y a vraiment un style de musique pour un style de danse.

 

 

S : Dans les battles, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?
O : Pour moi il y a une erreur essentielle à éviter : c’est ne pas respecter l’équité dans un battle. C’est à dire qu’il faut faire en sorte que le son qui passe pour le premier danseur soit le même pour le second. L’équité est quelque chose de très important, surtout en compétition. Il faut donner la même chance aux danseurs. 
Seconde chose à ne pas faire : changer de son pendant les routines des danseurs. Il faut savoir que les danseurs ne connaissent pas la musique. Nous, on ne sait pas quels mouvements vont effectuer les danseurs, c’est ce qui créé un peu la magie d’un battle.
Quand un crew danse de manière synchronisée sur un rythme, on appelle cela une routine. À ce moment-là, il ne faut surtout pas changer la rythmique de la batterie, la tonalité du morceau ou le BPM pour ne pas casser la cadence prise par le crew. 
On parlait tout à l’heure des codes à respecter dans la manière de composer des morceaux de break. Et bien dans la manière de mixer c’est la même chose, il faut respecter le style et ces codes pour qu’un battle puisse bien se dérouler.

 

 

S : Au final, que veulent les bboys ?
O : Les bboys sont hyper exigeants. Je pense que ce n’est pas au DJ de s’adapter au bboy mais plutôt l’inverse. Les danseurs sont là pour danser, nous on est là pour jouer la musique. C’est aussi une question de confiance en soi. Quand je mixe, c’est moi qui décide du son que je vais jouer, ce n’est pas le danseur qui va m’influencer sur ma sélection.
Après, il y a certains battles où tu te retrouves par exemple avec les Funk Fockers du Brésil contre des espagnols, là si tu as les disques qu’il faut, tu peux décider d’amener les bboys dans un délire salsa ou latino qui leur parlera bien du fait de leurs origines. Tu vois par exemple sur la finale du Battle OPsession, quand j’ai capté que The Ruggeds étaient opposés à The Flooriorz, je savais déjà que ces danseurs aimaient bien tout qui est break électronique. J’ai donc amené un côté électronique dans cette finale car je me suis dis que ça pouvait amener une inspiration et une énergie aux crews.

 

S : Comment se prépare-t-on à jouer les ambianceurs pour une finale d’un battle comme le Battle OPsession ? 
O : Sur de gros événements comme HIP OPsession, l’objectif c’est de ne ramener quasiment que de la nouveauté afin de surprendre les bboys et par la même occasion créer une nouvelle étape dans ma démarche musicale. Ce n’est pas une compétition que je prépare comme des danseurs peuvent la préparer. C’est un travail sur la durée. Tu vois, il y a des sons que j’ai trouvé il y a plus d’un an et que j’ai joué pour la première fois lors de la dernière édition. Après c’est aussi dans l’inspiration du moment. Je pense que si j’écoute mes premières éditions du battle OPsession, comparé à celui de cette année, on est dans une évolution musicale qui correspond à mes recherches chez les disquaires, à mes échanges avec les beatmakers. Pour ce qui est de ma tracklist, je la formalise un mois avant. C’est à dire que je sais d’avance quels morceaux peuvent s’enchainer etc. 
La seule chose un peu technique que je fais durant un battle, c’est que pendant que l’autre DJ mixe, je prépare tout le temps la transition de mes deux premiers morceaux. Tout cela parce que le début d’un battle est très important et va calibrer l’ambiance et l’intensité de la performance.

 

Capture d’écran 2016-04-21 à 15.31.49

 

S : À force de tourner dans les battles de danse, tu dois avoir l’habitude de croiser plusieurs mêmes bboys ou bgirls. Je demande ça car j’ai remarqué que les DJ/producteurs avaient l’habitude de jouer leurs propres morceaux dans les sets. N’est-ce pas « trop simple » pour les danseurs qui peuvent se préparer bien en amont du coup ?
O : Concernant le choix de ne jouer que ses prods ou pas, mon avis est clair et net : il faut mélanger les deux. Je m’explique. La culture et les connaissances musicales des bboys sont nées avec le digging, la recherche de vinyles, de rareté. C’est d’ailleurs ce qui me plait dans cette discipline de la danse, au delà du mouvement esthétique, de la performance et de la créativité. Je me retrouve donc face à des gens qui sont curieux et qui peuvent danser autant sur un son qu’ils connaissent par coeur que sur des sons inconnus sur lesquels ils pourront apporter une nouvelle vibe. Pour moi, ne jouer que ses propres morceaux revient un peu à tourner en rond et verrouiller un même style, une même façon de faire. Les producteurs ne s’en rendent pas toujours compte mais tout le monde a une patte bien personnelle qui ressort des productions et qui peut se faire ressentir par les bboys.

 

S : Personnellement, je n’ai vécu que le Battle OPsession à Nantes. Quels sont, selon toi, les ingrédients pour qu’un battle soit réussi ? À contrario, qu’est-ce qui nuirait à la bonne réussite de celui-ci ?
O : Selon moi, ce qui est ultra-important dans un battle c’est la variété des disciplines que tu peux y retrouver. Premièrement, il y a les MCs, qui sont pour moi le lien entre le public et ce qui se passe dans le cercle. Toutes les personnes qui viennent voir un battle n’en connaissent pas forcément tout les codes donc le rôle du maitre de cérémonie (ou speaker) est essentiel. En France par exemple, Amjad et Vicelow remplissent à merveille leur rôle de speakers. Ensuite, tu as la sélection des danseurs et des DJs qui est très importante, forcément. Cette connaissance du milieu par les programmateurs est capitale. C’est au travers cette programmation que chaque organisation défend sa vision de la danse et du hip hop. À HIP OPsession, les danseurs invités ne sont pas là uniquement grâce à leur nom. Ils sont aussi là grâce aux valeurs qu’ils défendent, à leur manière de danser, leur culture, leurs origines. C’est pour cela que tu ne retrouveras pas les mêmes danseurs au Battle Of The Year au Chelles Battle Pro qu’au Battle OPsession. 
Puis, pour moi le 4e point important pour un battle réussi c’est le lieu. Voilà, quand tu as ces quatre éléments-là réunis dans un même événement, tu peux être serein. 
Pour le battle HIP Opsession, on a tout. Le lieu unique fout des claques aux bboys dès leur arrivée sur place. La façon dont est aménagé l’endroit, la manière dont est disposée la crowd (cf couronne de public) autour du cercle, l’énergie qui se dégage de l’endroit en font un lieu idéal pour ce type d’événement. C’est ainsi que tu retrouves un lieu unique en feu dès 20h30. Enfin, au delà de ces quatre éléments, il y a bien évidemment l’organisation autour du battle, tout le travail monstre que fait Pick Up Production en terme d’accueil, d’accessibilité et de logistique. Cette organisation, c’est le 5e élément pour parfaire le tout.

 

IN3O6BNe98WIw

 

S : Parlons un peu de digging. Chaque personne possède son propre niveau et angle de chinage. Comment définirais-tu le tien ?
O : À la base, mon digging se fait par le biais de lieux. J’ai mon top 5 de shop favoris où j’aime bien aller chiner. Avant même d’habiter à Nantes en 2004, j’y venais souvent pour digger à Oneness. Je connaissais donc très bien Pharoah, forcément. À Nantes toujours, j’allais souvent chez AKA Records quand il avait encore son magasin avant de s’installer sur la Place Ste Croix. Sur Paris, je vais chez Betino et Superfly. Je faisais aussi pas mal d’aller-retours à Goodka à Grenoble. Son magasin a fermé bien trop tôt.
 Aujourd’hui mon digging se fait toujours dans ses magasins-là. Il se fait aussi beaucoup par le biais de contacts de DJs, beatmakers ou des gens que j’ai rencontré dans mes voyages. C’est grâce à toutes ces rencontres que mon horizon musical est toujours plus large et riche. D’ailleurs quand je te parle de shop, il s’agit principalement de rencontres dans ses lieux. Par exemple, pour illustrer tout ça, j’ai vu que tu avais repéré Ocupai – Bixiga 70 dans ma tracklist du battle OPsession. C’est un morceau envoyé par un ami originaire de Niort qui vit maintenant au Brésil. Je l’ai joué pour la première fois en 2013 et il est maintenant repris par tous les DJs du milieu. Enfin, mon digging se fait aussi sur Internet via Discogs ou des webzines comme Soundigger, The Backpackerz, Abcdrduson… Il n’y a pas de limite aux diggings, tous les moyens de découvrir sont bons a prendre.

 

 

S : En tant que grand passionné de musique, j’ai plusieurs références de digging comme Gilles Peterson ou au niveau local des gars comme Chilly Jay ou Heron X qui m’impressionnent par leur éclectisme. Qu’en est-il de ton côté ?
O : Sans reparler de Pharoah ou de AKA Records, s’il y a bien une personne à Nantes qui m’a échangé beaucoup de sons à une certaine période c’est DJ Bassline. J’ai l’impression que ce mec est une médiathèque sur patte. Il est tout le temps au courant de tout, il en avance de 10 ans sur tout. Après comme références je pourrais te citer des gars comme Lefto, DJ Gones de Toulouse, le monstre de culture Lord Funk. Après j’ai même envie de te donner le nom de mes potes ! (rires) Meryl et Flo de From Scratch big up à vous ! Big up à Freshhh, les potes de Pick Up Production aussi !

 

S : On arrive à la fin de cette interview-fleuve. Je te laisse la conclure comme tu le souhaite.
O : Merci de m’avoir invité, merci à tout ceux qui suivent mon travail. Sans eux, je ne serais pas là où j’en suis actuellement. Merci à tout les gens actifs dans la culture hip hop et qui permettent de continuer à avancer et d’être créatif. Big up à Soundigger pour le taf ! Peace !

 

Merci beaucoup One Up !

 

Crédits photo : CLACK / David Gallard / Pick Up Production / Martha Cooper

Alors c'était comment ?