ITW #12 – Mani Deïz

Entre quelques prod’s le beatmaker Mani Deïz a pris le temps de répondre à nos questions.

S : Salut, Mani Deïz peux- tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaissent pas déjà ?

M : Mani Deïz, 31 ans j’habite dans l’Essonne. Je suis faiseur de musique depuis un certain temps maintenant. Je travaille avec un peu tout le monde.

S : On a entendu dire que tu rappais avant, comment en es- tu arrivé au beatmaking et pourquoi avoir arrêté de rapper ?

M : On était quelques-uns à rapper et à l’époque c’était pas aussi simple de trouver des prods sur lesquelles kicker. Maintenant, tu ouvres Youtube, tu écris « Instrumental » et tu grattes pendant 12 ans d’affilée. J’avais un ordinateur que mon père m’avait refilé, j’ai installé un logiciel tout rincé. Ça volait pas haut mais mon envie était lancée.

S : C’était avec le même blaz ?

M : Je rappais – c’est un bien grand mot car j’ai jamais rien sorti sous le blaze de Maniro.

S : T’es un des rares beatmakers français à sortir régulièrement des beat tapes, tu produis pour beaucoup de Mc’s, on te voit partout, quel a été le cheminement pour en arriver là aujourd’hui ?

M : Effectivement, je m’impose deux albums par an en plus de mes collaborations. Je ne sais pas si je tiendrai, mais j’essaye. Ça me permet de m’éclater sans contrainte. J’aime pas le mot de beat tape, je le trouve réducteur. D’ailleurs le prochain projet « The Cassette Sunday » sortira début mai. Un recueil de d’instrus à l’ancienne passés dans un enregistreur K7 audio. Pour la productivité, je suis un peu compulsif, je peux faire une quinzaine de boucles dans une journée de son. Je fais des brouillons sans arrêt, je propose à mes potes, ils prennent, je peaufine, ils prennent pas, je laisse reposer, je file ailleurs.

S : A ce qu’on dit c’est pas le matos qui fait le beatmaker, peux- tu nous dire quand même avec quoi tu travailles et pourquoi tu as choisi ce matériel ?

M : Non, le matos ne fait pas le beatmaker. Il suffit d’utiliser les outils qui nous correspondent dans le style qu’on veut faire. Après j’imagine pas découper un sample autrement que sur MPC. Je bosse très souvent sur du hardware pour tout ce qui est boucle mais je peux aussi séquencer sur logiciel car l’avantage c’est le mix créatif en temps réel et la superposition des samples. Plus rapide et plus simple. Mais j’alterne car bosser à la souris me gonfle. Un coup de la SP pendant une période, plus de la MPC, puis du logiciel un peu… J’ai mes périodes.

S : Tu as une SP12, est-ce que t’as toujours bossé avec cette machine ? Si oui est-ce pour le grain qui la caractérise ?

M : J’ai mis du temps à m’acheter ma première machine. J’avais tout simplement pas les fonds. Les SP sont des machines mythiques dans le hip hop, il fallait que je fasse un projet avec. J’ai fait « Too Much Memory » – mon premier album – en décembre 2012 tout à la SP-12. Une façon de rendre hommage à cette machine et à son grain inimitable…

S : Chez Soundigger « Austic Machine » tourne en boucle, tu peux nous parler un peu plus du projet ?

M : 4 mois de boulot. 56 prods faites en tout. 19 selectionnées. Beaucoup de boucles. Un bassiste – Matthieu Seignez – pour jouer toutes les lignes de basses. Un illustrateur – Shalik – pour le visu. J’ai essayé d’axer mon boulot sur les textures de samples, j’ai essayé d’aller digger profond par moment, d’autres moins mais en tentant de masquer mes samples. Je suis content de ce projet avec le recul. Qu’on aime ou pas, je trouve que les samples ont vraiment du caractère.

S : On ressent clairement dans tes prod’s une atmosphère « oldschool » simple et efficace, des samples originaux, tu peux nous dire comment tu crées et comment tu déniches tout ça ?

M : Beaucoup de beatmakers ne recherchent que le sample de légende. Moi j’ai une démarche inverse. J’essaye de faire une boucle de « légende » avec un sample banal ou qui passerait inaperçu. Et si une boucle ne suffit pas, j’en superpose une autre et une autre… parfois jusqu’à une vingtaine de samples différents jusqu’à ce que ça me plaise vraiment. Mais quand je me prends la tête sur une prod comme ça, ma seule envie c’est le lendemain de faire une boucle toute simple qui tourne 3 minutes.

S : Chaque beatmaker a ce petit truc dans le travail du son, sa « patte ». Comment définirais- tu la tienne, cette chose qui fait qu’on se dit : «  Tiens, c’est du Mani Deïz » .

M : Les gens qui me connaissent me disent que j’ai une patte… Moi j’ai la tête dans le guidon donc j’ai pas vraiment d’avis. Quelle patte ? Découpe de sample ? Drums ? Grain ? Après je le prends comme un compliment du moment que les gens n’ont pas l’impression que je fais tout le temps la même chose. J’essaye de diversifier les samples au maximum. Prendre de tout, faire un peu de tout. Ça m’arrive de plus en plus.

S : On a vu pas mal de MC’s kicker tes prod’s, comment ça se passe quand tu bosses avec eux ? Est ce que c’est toi qui les démarches ou c’est eux qui te contactent?

M : Avant je démarchais quand il n’y avait que ma mère qui me connaissait sur les réseaux sociaux, et personne n’en avait rien à foutre. Maintenant je ne démarche plus, les gens viennent me voir en général depuis que mon nom tourne un petit peu. J’ai longtemps passé des prod’s à tout le monde, j’essaye d’apprendre à dire non petit à petit car ça me met dans la merde. Et vu le nombre de projets en cours, j’ai carrément plus le temps… Et puis quand j’ai une galère d’argent, un imprévu, bah je les vends.

S : Sans prod’ pas de MC, et pourtant on retient souvent le nom du MC et trop peu celui du beatmaker, même si cette tendance semble changer . Est ce que tu penses que ça peut parfois s’inverser ?

M : C’est un non-sujet. Si les beatmakers cherchent la gloire, ils n’ont qu’à faire autre chose. On est voués à rester dans l’ombre: ça n’intéresse pas grand monde au final de savoir qui a fait telle prod pour tel artiste. Si c’est pour avoir le quart d’heure de gloire à la Andy Warhol, je m’en contrefous.

S : Parle- nous un peu du collectif « Kids of Crackling » dont tu fais partie ?

M : On est six. Je pense qu’il y a beaucoup de talents dans ce crew mais les gars n’ont pas tous la même envie,ne disposent pas du même temps ou la même implication. Peu importe, le truc est là et il continue.

S : Entre ton collectif, tes projets perso et les MC auxquelles tu collabores, arrives- tu encore à avoir une vie personnelle ?

M : Bien sûr que non. J’ai une famille qui me soutient et deux enfants mais je bosse 9h par jour dans un vrai boulot, le reste du temps, je m’occupe des miens et je fais du son. Beaucoup trop. Comme disait Jeff Le Nerf dans un de ses morceaux « Nique ta vie sociale en échange d’un groove malade »… C’est tout à fait ce que je ressens mais en tant que beatmaker.

S : Depuis un moment, on entend beaucoup parler du rap francophone, t’en penses quoi ?

M : J’ai l’impression que depuis internet, le rap n’est plus franco-parisien comme avant. La province a explosé et c’est cool mais la Belgique est très créative, la Suisse sort aussi et le canada je connais moins. Chacun arrive avec son truc, c’est très, très positif.

S : Y a quoi de frais et pimpant dans ton MP3 en ce moment ?

M : C’est surtout dans mon auto-radio. J’écoute principalement des vieux CD’s de rap français majoritairement. Je m’imprègne d’une époque que j’aimais beaucoup où tout n’était pas parfait, mais il y avait de la fraîcheur. Après je suis au courant de la majorité des sorties en rap indé. J’essaye d’écouter pas mal de trucs.

S : Un mot pour finir ?

M : Merci à Soundigger.

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