FESTIVAL VISIONS 2016 • Report perdu entre ciel et mer

FESTIVAL VISIONS 2016 • Report perdu entre ciel et mer

Après une année d’absence, le Visions Festival a établi demeure sur le magnifique du Fort de Bertheaume, le temps d’un week-end du 5 au 7 août. Tous les ingrédients, savamment mijotés, ont donné à ce festival visionnaire, une saveur inoubliable.

 

VENDREDI 5 AOÛT

 

Après une longue route remplie de joyeux bouchons, nous arrivons enfin dans ce joli village du bout du monde : Plougonvelin (Plou-plou pour la famille). Après un an d’absence, c’est en terre inconnue que le label indépendant Disques Anonymes installe son Festival Visions : au fort de Berthaume et sa magnifique vue magnifique. Oui, belle répétition de « magnifique » parce que ça le vaut au moins trois fois.
Accueillis par une horde de bénévoles survoltés, on descend la petite route menant au fort pour rejoindre le camping pentu. D’ici, la plage et la mer nous draguent avec une incroyable vue. Accessible en 154 pas, nous ne manquerons pas d’y aller pour chiller plus tard dans le week-end. Tentes plantées, Curly dégommés, verres vidées, clopes roulées, il est l’heure de fouiner ce qui se passe sur le site. Visions bonsoir. Petit tour du propriétaire : ici, pour te dandiner sur de la musique douce, tu as deux choix. Toute d’abord nous avons la première scène, la plus grande, située dans une sorte d’amphithéâtre naturel en aplomb de la mer bleue azur avec le fort de Bertheaume en arrière-plan. Voyez plutôt.

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Dans ce lieu, nous aurons la chance de profiter du combo de texture froissée et de chaleur électronique d’un grand nom de la scène électrique, Dopplereffekt. Venant tout droit de Detroit, ces héritiers de Kraftwerk nous offrent une expérience artistique de haute volée. Dans un autre style, mais qui vaut aussi son pesant de cacahuètes, le fruit de notre réconciliation avec le punk français : Détente 666. Signé sur le label Turc Mécanique, ce duo strasbourgeois combine parfaitement une petite pointe minimale à la vapeur du synthé, à la guitare du turfu à sur des paroles barrées et remplies d’une joie criarde. Bref, à en sauter au plafond. Rendez-vous sur la seconde scène, plus petite, située au bout du festival. On y retrouve Lakker et le plus grand fou du monde Le Crabe. Ces sons de destructions massive nous mettent littéralement en transe et nous envoient valser au plus profond de notre âme. Magique. On finit la soirée à laisser nos corps et nos cœur mourir lentement sur la plage, le vendredi touche à sa fin. Vivement demain.

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SAMEDI 6 AOÛT

Au petit matin, réveillés par quelques lève-tôt ou couche-tard, on retrouve le camping embué sous une douce rosée du matin. Nos voisins de gauche, par élan de gentillesse ou de je-m’en-foutisme, nous ont laissé squatter à quelques millimètres de leurs tentes. Les échanges de salut et autres formules de politesse fusent. Il y a de la bonhomie dans l’air, on sait tous pourquoi nous sommes tous là : des copains, de la bonne musique et du bon Ric… Ne nous fourvoyons pas. Le ciel de Bretagne, fier de prendre sa revanche, nous gratifie d’un bleu sans encombre et de 30 degrés bien secs. Mais pas de bol pour lui parce qu’à Visions, à 3 minutes de marche les festivaliers ont les orteils dans l’eau et la bouteille de bière plantée dans le sable. Quand certains chillent, d’autres s’adonnent aux jeux de lutte ou font quelques plongeons et tours de barques le long de la plage… Aussi, il n’est pas rare d’apercevoir au loin des festivalières libérer leurs chakras et se gonfler d’énergie avant la soirée mémorable qui les attends. De retour du coin de paradis qu’est la plage de Plougonvelin, au camping c’est une autre ambiance qui nous attend. On nous dit à l’oreillette que c’est Maison Acid qui fait encore des siennes. Le trio nantais s’est installé sur le parking à l’entrée du site. Voitures faussement tunées, dégaines d’enfants terribles, énergie intarissable et communicante. Tel un prédicateur fou, Gauvin, chanteur-brailleur du groupe psalmodit «  Oui, oui ! Vous ne le savez pas encore mais vous êtes déjà entrain de danser. Vous êtes déjà entrain de perdre vos neurones sur du Gabber, sur un parking à 15h ». En effet, il est 15h et ça mitraille déjà dans nos entrailles. Après une heure de boum boum dans nos petits cœurs, il est temps de décompresser et de retourner à notre cher Ric… Eh oh, ça va oui.

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Il est 21h00. Le temps de casser la croute (et pas des moindres). On se dirige sur la scène 1 du site en forme de Colisée, celle où la magie s’opère. Devant nous, celui qu’on attendait avec impatience : Black Devil Disco Club. Sur scène il dégage quelque chose, un-je-ne-sais-quoi qui force l’admiration. Peut-être ses 30 ans de carrière, sûrement la qualité technique des morceaux qu’il balance avec précision sur son ordinateur pc qu’il qualifie lui-même de « très vieux comme lui ». En une heure de live, un mélange d’italo-disco, où les synthés et les distorsions de voix sont rois, avec des lignes de réverbérations planantes et une bass line toujours entrainante. Aucun moment de répit pour le plaisir des oreilles et du cœur. Black Devil Disco Club a été la petite claque ovniesque qui aura mis toute l’équipe de Soundigger d’accord ! Pour digérer la claque, le ravitaillement en bières s’impose, bières locales bien évidemment. Puis c’est devant un Bernardino Femminielli complètement barré sur scène, avec son show watezefuck que l’on abandonne : un Bob l’éponge lubrique et encore plus chelou qu’à l’accoutumée. Rien Virgule, Roberto Suco et Shitwhire lui succéderont et cracheront avec pugnacité un son punk, rock et bien crade, saupoudré de solos de batterie dément !

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Mais c’est bien sur la scène 2 que l’on a perdu plusieurs calories, quelques neurones et des litres de bières. High Wolf n’avait pas menti. En loup alpha maître du planant, il nous a élevé vers des contrés mi-chamaniques mi-électroniques. Phase Fatale a été cash et sans hésitation. Il a balancé une techno sèche et moulinée à l’industrielle, sans pour autant tomber dans les travers d’un boum boum toujours pareil comme dirait l’autre ! Sons saccadés, basses répétitives, distorsions et notes biscornues, montées frustrantes et récompenses bien méritées. Le nombre de « Oh lo lo !» pendant son set a été de l’ordre d’un toutes les minutes. Il a su être fatal comme il se devait. A 1h, c’est Rrose, belle découverte, qui a joué avec nos sens et a fait halluciner notre cerveau et nos oreilles. Ce personnage nous a intrigué : visage plastique, émotions sous vide mais techno envoutante, rythme planant et bruits venus d’une autre dimension. Rrose confiante, a su faire monter tout doucement la pression, alterner en finesse des boucles de percussions, de grosses basses et les mélodies. Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre de son génie et nous préparer pour le dessert en la personne de Renart. On ne vous reparle même plus des « oh lo lo » et autres onomatopées de satisfaction. Renart s’est installé et a sorti tous les instruments pour opérer nos crânes. Sons d’une minimale chirurgicale : basses rondes et spatiales en contradiction avec un tempo non plus binaire de techno froide, mais un tempo en quatre temps pour le plaisir de nos pieds. Renart n’a pas eu peur d’étaler les couches, de superposer les lignes et de produire un son qui tabasse et tronçonne. Autour de nous, les festivaliers ont tout donné lors de son live. Un Pikachu la tête dans les étoiles, vacille en rythme, là-bas une jeune femme en extase fait de grands sauts et crie à tue-tête ; chacun y va de son cri de guerre. Sans relâche l’artiste s’est donné et les festivaliers le lui ont bien rendu. Pour la fin de son live, c’est un monsieur Renart qui culmine en hardtek pour redescendre tranquillement mais sûrement sur une bassline trap. De quoi rendre fou le public, encore plus reconnaissant de cette fin de samedi épique. Pour certains, la soirée du samedi ne s’est terminée qu’au levé du soleil avec le bruit du flux et du reflux de la mer, celui des enceintes portatives, de mélanges d’alcools chauds et de copains mi-fous mi-jonjs*… Ce samedi au Visions Festival c’était en somme, une parenthèse magique : un festival-vacances passé trop vite (merci la préfecture !) où tous les éléments étaient parfaitement en accord.

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DIMANCHE 7 AOÛT

 

Ce réveil est un peu compliqué. L’after de la veille y est sûrement pour quelque chose, mais pas de panique, on va s’en remettre et l’équipe de Visions a pensé à tout. Quoi de mieux qu’un petit-déjeuner avec vue sur la mer ? Café, jus de fruit, tartine de beurre et confiture, nous voilà parés pour attaquer cette dernière journée de festival. 

On débute les hostilités à 19h30 avec le niçois Itoladisco qui nous a offert un live expérimental mêlant sons d’ambiances et bruits divers pour former une musique surprenante sous le soleil qui venait juste de pointer le bout de son nez. Figurez-vous qu’on a bien tapé du pied et on n’est apparemment pas les seuls à avoir apprécié puisqu’on s’est retrouvé embarqué dans une chenille improvisée qui a déambulé autour de la scène au rythme des différents tracks. Une réveil parfait pour certains, un début de soirée qui s’annonce prometteur pour les autres.

 Les transitions entre chaque artiste sont un poil longues mais bon, on ne va pas s’en plaindre, ça nous a largement laissé le temps de nous recharger en bière, et même d’aller déguster quelques falafels accompagnés d’une salade et de frites fraîches ou un fameux et succulent rougail saucisse. Et je pèse mes mots ! Non, on n’est pas là que pour la bouffe, mais il faut dire que cela ne nous laisse pas indifférents. Tout est à base de produits bio, locaux et à des prix raisonnables. Ça change de certains festivals, nos petits ventres nous en remercient.

 La panse bien remplie, on enchaîne avec December alias Tomas More qui nous a régalé avec un très bon set, mélange de techno froide et industrielle ponctué de moments plus house, plus love plus chaud.

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On part faire un tour pour se réapprovisionner en bière et là, c’est la débandade : les fûts d’IPA sont à sec, elle était pourtant si bonne. On se rabat sur la Coreff, blonde, classique mais efficace. Les grosses basses des Brestois d’UVB 76 sonnent comme un rappel à l’ordre, c’est le moment d’y retourner. Le duo breton nous propose un set audio-visuel alliant sonorités noise et industrielles à des ambiances cinématographiques. On en attendait beaucoup après leur grosse performance sur la scène tremplin d’Astropolis début juillet. Un show malheureusement brièvement interrompue par quelques gouttes de pluie et malgré un beau travail de complémentarité on regrettera que la projection ne fût pas un peu plus grande, une petite déception.

 On continue avec l’anglais Shifted qui séduit les Visionnaires adeptes de ce qu’on pourrait qualifier de « techno post-indus », une musique noire faite de tunnels, de distorsions et de puits sans fonds. Nous, on s’est laissé aller, allongés dans l’herbe les yeux fermés, une sorte de voyage sensoriel dans l’espace et le temps (c’est beau hein ?).

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Le voyage se prolonge dans un univers brut et pour le moins rythmé avec l’allemand Ancient Methods, figure emblématique de la techno industrielle qui a l’honneur de clôturer la soirée. On bouge la tête et le popotin sur un dernier track, le son se coupe, on ouvre les yeux les jambes dansent encore un peu toutes seules, on avait pas vraiment envie que ça se termine, du moins pas aussi tôt.

 C’est la fin officielle du Visions festival. Officieusement, les plus téméraires ont de nouveau continué la fête sur la plage. Pas de système son Nexo ou de Fuktion One, mais quelques fond de bouteille et une Logitech qui nous emmènent jusqu’au bout de la nuit.
 Merci Visions, merci les Disques Anonymes. Vivement l’édition 2017 ! Oui, oui, il y en aura bien une.

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*Jonj : n.m. Personnage un peu simplet, nigaud, pitre etc.

 

Crédits photos : Titouan Massé Photography

Alors c'était comment ?