Live-Report : cinq jours au Dour Festival

Dour, c’est l’amour. Dour, je t’aime. Dour, tu me manques déjà.

Mercredi 15 juillet 2015, il est 8h45 quand j’arrive au RDV chez Mathieu dans la périphérie Nantaise. A ce moment-là, je pensais encore pouvoir être en Belgique à 20h pour le concert de La Smala et de Jungle. Finalement, après des problèmes de remorque, de pneus et de réchaud, nous ne partons direction Dour que sur les coups de 11h. De multiples pauses-cafés/clopes et 9h plus tard, nous voilà aux portes de Dour, en train de parcourir les derniers pavés du chemin menant aux parkings. A ce moment-là, j’espère encore assister aux concerts. Mais non, une fois débarqués, il faut décharger les voitures, charger les bras, les dos et rejoindre l’entrée du festival. Cette 1ère suée sera loin d’être la dernière et nous sert alors d’avant-goût pour les 5 prochains jours.
Nouvelle mission : choper nos accréditations. Avec un réseau wifi aussi performant qu’un modem 56k de 1991, nous mettons une bonne demi-heure à imprimer et récupérer nos précieux bracelets. Cela nous laisse donc largement le temps de partager une première Jupiler et quelques clopes avec des collègues Niçois devant le stand médias. Il est 21h quand nous passons le portique donnant accès aux campings et nous espérons alors trouver un emplacement au pire dans le camping C. LOL. Nous finissons au fin fond du camping D déjà blindé ! Le temps de monter tentes, tables, tonnelle et apéro, La Smala, Jungle et SBTRKT, bah c’est mort. #déception. On se console en partageant quelques pas de danse avec des festivaliers devant 2ManyDJs et une fin de soirée au Muscadet entrecoupée de DOUREUUUUH intempestifs et chaleureux.

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Photo du collègue Antoine qui a réussi à voir Jungle sur la Last Arena avant de casser son 50mm.

Jeudi 16 juillet, 10h. On découvre les joies du camping de Dour et son effervescence matinale. Nos voisins néerlandais d’en face n’ont pas l’air de connaître la fatigue, l’ivresse ou le repos. A peine réveillés que la Drum’n Bass frappent les tympans entre 2-3 Amsterdamer chaudes. Les repères sont vite pris : le grand chêne entre le DJ booth Red Bull et les douches/WC, le nounours empalé sur un poteau illuminé en rouge la nuit et la piscine gonflable d’un groupe français dans l’une des allées principales. Après un rapide tour en milieu d’après-midi au coin presse où je retrouve les copains blogueurs Damien et Maximilien ainsi que Cédric et les gars de « Le Local« , je file dans La Petite Maison Dans La Prairie en attendant l’arrivée du fameux Omar Souleyman. Il débarque vêtu comme à son habitude de son taoub et keffieh et commence ses petits tours sur scène, frappant et agitant de temps en temps les mains. Bon, clairement, si vous cherchez un gros show à l’américaine, passez votre chemin, Omar compte clairement sur les productions de ses chansons pour faire bouger la foule. Après avoir dansé sur un bon Warni Warni, nous filons sur la Last Arena où j’attendais vraiment The Underachievers. Grosse surprise ! Au lieu d’une ambiance hip-hop herbeuse, c’est un univers très trappeux dans lequel nous plonge le duo de Flatbush, New-York. Ni une, ni deux, ça bouge des coudes, des genoux et ça casse des nuques. Bon échauffement avant la 1ère vraie soirée.

Une pause bouffe, clope et binche plus tard et nous revoilà dans La Petite Maison Dans La Prairie, devant la révélation bulgare Kink (vu aux dernières Nuits Sonores) qui offre une nouvelle fois un set House équilibré, travaillé avec précision qui excite comme il faut les curieux et connaisseurs massés devant la scène. La suite se passe devant la Last Arena, où l’on attend – comme 10k autres personnes – de voir Flume agiter les bras en l’air. Pas manqué, son set fut simplement composé de son album mis en mode aléatoire. Cela ne nous a pas empêché (surtout moi) de faire des pieds et des bras jusqu’au bout. Mais bon, déception quand même. La fin de soirée se passera à la Cannibal Stage, aux côtés des doux Igorrr et surtout Radium qui nous a démonté les jambes et moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

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Vendredi 17 juillet, 9h. Après 2 courtes nuits pleines de son et d’abus en tous genres, on se réveille tôt, mais on bouge tard. Une grosse période de chill au coin VIP plus tard et nous voilà devant Damon Albarn et Oxmo Puccino qui nous font débuter la soirée tranquillement. Dans un tout autre registre, on file à la Boombox dans la foule d’un mec qu’on a hâte de voir (si, si) tellement sa personnalité intrigue : Kaaris. A la base, ce n’est pas le style de la maison, mais c’est bien le genre de son qui te retourne une scène à l’heure de l’apéro. En vrai, c’était fou. On grimpe sur les pylônes comme des singes sortis du zoo, on scande les hymnes de Sevran en mimant des kalash avec les bras et on saute partout au milieu de cette foule en délire. Allez, trêve de plaisanteries, on file retrouver nos Nantais de C2C sur la Last Arena. Curieusement, malgré plus d’un an d’inactivité en groupe, le quatuor est l’un, voire LE groupe le plus attendu de la soirée. La foule compacte et ultra-chaude s’excite avant même que les lumières s’éteignent et que le show débute. Honnêtement, pour les avoir vu jouer au moins 3 fois déjà, leur live n’a pas bougé d’un poil. C’est limite si les punchlines de 20syl et ses potes ne sont pas écrites sur un prompteur. Bon, cessons d’être mauvaise langue. Il faut avouer que malgré tout, leur show est top. Bien au-delà scéniquement de ce que peux proposer La Fine Équipe par exemple. Millimétré et vivant, les turntbalists font de leur nombre un avantage plutôt qu’un handicap pour l’interactivité avec le public. Bref, le live met le feu, mais c’est du réédit. Bisous en passant à Mathieu de Dasswassup dont j’ai pu croiser le bonnet devant la scène. On se laisse ensuite emporter par la foule jusqu’à la scène Elektropedia Balzaal. Et là, énorme fessée ! Le spot est juste gigantesque, les 4 palmiers électroniques géants couverts de gros écrans sur les 4 côtés donnent l’impression d’être les piliers d’une sorte de cathédrale à ciel ouvert. Une cathédrale que Nina Kraviz puis Robert Hood s’amusent à faire trembler. En terme de lourdeur, on était servi ! Pendant 2h, on a eu droit à du Foorplan, du Clouds, du Plastikman et quelques pépites Innervisions et moultes grosses balles dont les basses réveilleraient un mort. Déjà bien attaqués, on court se finir devant Dope D.O.D qui lâche les chiens dans la Cannibal Stage. Il est 4h, et on ne sait même plus si on est mâle ou femelle.

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Samedi 18 juillet, 11h. Journée habituelle qui commence entre la queue pour les chiottes, celle pour le seul et unique point d’eau du camping D et celle des tickets douches. Nos voisins nous nourrissent au St Môret – la vie – et l’on vient à l’aide de nos voisins Néerlandais dont la tonnelle s’est faite violer par les bourrasques de vent de la veille. La nôtre tient toujours le choc. A ce moment-là, on se rend compte que plus de la moitié du festival est passée. Je n’ai plus de voix, j’ai des courbatures, notre régime thon-tomates-pain-beurre commence à peser. Mode survie ON ! Après une bonne sieste réparatrice, on remplit les pistolets à eau, on remet le tutu rose et on se relance dans la fournaise équipés jusqu’aux dents du reste de punch au Muscadet chaud.

La première surprise vient avec le live de Black Milk. La passion, l’entrain qui se dégage ainsi que le  groupe de Jazz qui l’accompagne font de sa prestation l’une des meilleures de Dour. Du début à la fin, on se retrouve à dandiner des épaules et agiter les bras en l’air. Grand moment. La suite est l’un des moments que l’on attendait le plus : le live de Rone. Déjà vu aux Nuits Sonores, j’avais vraiment hâte de le revoir tant il m’avait transporté. Pas manqué, cette fois encore la magie opère dès les premières notes de Freaks. Les créatures d’Erwan Castex créent un univers parallèle où seule la musique et les lumières comptent. Petit bémol avec l’habituel thérémine de Rone qui semblait avoir des problèmes de fonctionnement. Cela ne l’empêchera pas d’enchaîner Bye Bye Macadam, So So So, Parade, Bora et des morceaux inconnus au tempo beaucoup plus House et dansant que d’habitude. Suite à cette averse de sonorités électroniques qui attira beaucoup – beaucoup – de monde sous le chapiteau, nous nous extirpons tant bien que mal vers la sortie … pour découvrir que Dour sans la pluie bah ce n’est pas un vrai Dour. Une pluie diluvienne s’abat sur la plaine de Machine à Feu. Elle nous accompagnera jusqu’au bout de la nuit. Qu’importe, on est là pour danser et danser la boue ne nous fait pas peur ! Rejoignant vite la Boombox pour apprécier la fin de la prestation de J Rocc puis celle de Lefto, je m’enfuis seul jusqu’à l’entrée de la Cannibal Stage où Clouds déverse un flot de kicks secs et de basses puissantes ! Sa Techno froide et industrielle est loin de me refroidir. Au contraire, accompagnée de cette pluie (ruinant les interviews écrites dans mon sac à dos), elle prend une tout autre dimension. De plus, elle lave, revigore et rafraîchit les esprits. Perdu parmi les Doureeeuuuh de détresse des festivaliers, je termine mon périple du soir devant la Jupiler Dancehall où Alesia assomme le chapiteau de basses beaucoup trop grasses pour être légales. Comme pressenti, on les retrouve non pas à deux, mais bien à quatre, accompagnés de leurs compères de Point Point qui sont loin d’être de grands timides. Bang bang !
Il est 4h, l’heure de rentrer faire des bisous au campement. Seul sous la pluie, je déniche par chance une cape en plastique à l’abandon près d’un poteau qui me tiendra chaud jusqu’à mon duvet.

Sans titre© Laurence Guenoun – Dour 2015 – www.laurenceguenoun.me   Dimanche 19 juillet, 12h. Encore trempés et secoués de la veille, nous anticipons dès le réveil notre retour en terre Nantaise. C’est décidé : on rentre dans la nuit pour éviter les bouchons, les hommes en bleu et la cohue des départs. Ce n’est peut-être pas la meilleure idée du siècle, mais on est décidé et serein à se taper 7h de route à partir de 2h du matin. On démonte alors totalement le campement, on le ramène aux voitures et on retourne sur le site avec les jambes un peu lourdes, avouons-le. La journée musicale débute alors avec Alo Wala qu’il me tardait de voir en live ! La chaleur du Labo où elle joue est palpable avant même d’y rentrer. Une fois dedans, même fatigué, on se met vite à bouger au rythme des basses et entraîner par les mouvements de danse désordonnés de la chanteuse. Impressionné par son enthousiaste, je finis même par me rapprocher et manquer de me faire embarquer sur scène par elle. Finalement, deux autres festivaliers chaufferont le chapiteau aux côtés d’Alo Wala sur City Boy ! Vexé, je me barre. Non en vrai, j’avais RDV avec Guts pour une interview-minute dont vous verrez la couleur bientôt ici-bas. On n’en a pas fini avec Guts puisqu’on le suit jusqu’à la Boombox où il rejoint son groupe et entame ses meilleurs morceaux et dégage les good vibes qu’on lui connaît. On enchaîne avec un autre groupe que l’on attendait comme le messie : Acid Arab. Calés au devant des barrières, on attend le duo avec nos poches sous les yeux et la GoPro dans la main. Comme prévu, le duo devient trio dans sa version live. On pensait alors avoir vécu les concerts les plus intenses. Que nenni. Acid Arab envoie et percute Le Labo de ses fameuses tracks Acid sauce harissa. Accrochés aux barrières, les yeux dans le vague, la tête en arrière, l’envol est beau et on en redemande ! On finit tout de même par s’enfuir de la fournaise pour prendre la température de la Boombox. Pour notre plus grand plaisir, Pusha T est remplacé par Hudson Mohawke dont la réputation de jouer avec les battements de nos cœurs avec ses machines reste à prouver. Après une longue, longue intro, j’ai commencé à douter de ce qu’on allait prendre dans les oreilles. Bien mal m’en a pris, l’Écossais balance les premières bases de Chimes sans prévenir et la foule ne se contrôle plus ! Les pylônes sont assaillis de jeunes fous grimpant toujours plus haut, les bangers s’enchaînent et HudMo prouve qu’il vaut presque TNGHT à lui tout seul (dézo Lunice) ou qu’il ne vaut pas grand chose sans TNGHT, au choix. Quoi qu’il en soit, c’est la seconde bifle du jour. Allez, c’est l’heure de se retourner une dernière fois vers la Last Arena. L’ultime tête d’affiche, et non des moindres, doit arriver dans 15 minutes (s’il n’a pas de retard). Snoop Dogg, l’héritier des poumons de Bob Marley, doit venir clôturer la main stage de Dour. Nous voilà collés à droite de la technique, sur des poubelles, avec 1m2 à partager avec 10 autres festivaliers. Le DJ de Snoop D. O. Double G. chauffe vite le dancefloor qui est déjà bouillant et voilà The Doggfather qui s’avance d’une nonchalance incroyable sur la scène. Vêtu de son survêtement blanc Adidas (partenariat marketing oblige) avec un gros 5 feuilles au bec, il entame son live par quelques morceaux de Doggystyle. Ça fait plaisir, mais le public est tellement dense que l’on n’y voit rien, si ce n’est les écrans géants où les caméras s’attardent sur les demoiselles topless sur les épaules de mecs qui souffrent et dont on ne parle pas assez. Je quitte la foule avec les plus grandes peines du monde au moment où s’enchaînent 2 morceaux du type « Sweat Ft. David Guetta ». Je me poste loin de tout ça, clope au bec et j’attends que ça passe. Après un sursaut pendant What’s My Name?, je soupçonne un gros playback sur Young, Wild & Free. Bigg Snoop Dogg termine son show au bout d’à peine 40 minutes en se contentant de mettre un disque de Bob Marley dans le lecteur CD, dire un ultime « Smoke Weed Everyday » et repartir aussi nonchalamment qu’il est arrivé, entouré de ses danseuses dont le Twerk est la passion. Ayant prévu de rentrer promptement, notre dernière escapade se fait dans la Cannibal Stage où Salut C’est Cool attend de mettre un maximum de bordel. Pas fan de base, j’ai fini par apprécier le caractère je-m’en-foutiste cyber-troubadour du groupe. J’attendais donc beaucoup de vivre un de leur live qui est, à en croire les échos, du grand n’importe quoi. Pas manqué, dès le début, les mecs jettent au public des bouquets de menthe, invitent les plus chauds à les rejoindre sur scène… A tel point que la scène est bientôt bondée de monde sautant partout ! Pauvres techniciens qui doivent chier dans leur froc pendant tout le concert pour maintenir le tout à flot. Pas besoin de faire un dessin pour le reste du concert, c’est juste un gros bordel ultra-jouissif auquel j’ai dû écourter l’appréciation trop vite. Une longue route nous attend désormais jusqu’à Nantes. Sans titre
Une partie de l’équipe Soundigger. Posey en mode tutu et drapeau breton. ©NicolasDebacker

J’ai mis plusieurs jours à atterrir de cette expérience. D’abord à cause de la fatigue, puis à cause de toutes ses images et rencontres qui se bousculent encore dans la tête. En revenant, j’avais l’impression d’être parti très loin, pendant très longtemps. Tout avait l’air fade, comme quand tu reviens d’un grand voyage de plusieurs mois.
Au final, je n’ai pas vu la moitié des artistes que je voulais voir, l’objectif 50mm d’Antoine s’est brisé le 1er soir, on a oublié le chargeur de la GoPro et je me suis pris une amende pour excès de vitesse en arrivant. Grand chelem. Mais tout cela, je te le pardonne Dour. On y a vécu comme à la maison pendant 5 jours. On avait des copains à chaque coin de tente. On avait des concerts de folie à chaque chapiteau. On avait des pastèques qui nourrissent et rafraîchissent en même temps. On a compris le sens de l’expression « Dour mon amour » en 1000 langues différentes. Et on était heureux qu’il pleuve, qu’il pleuve ou qu’il cogne.
Aussi étrange que cela puisse paraitre, cette ambiance, on ne la retrouve pas ailleurs. Dour c’est Dour et c’est en grande partie grâce aux festivaliers, à cet esprit de grande famille qui règne. Dour, vraiment, c’est une expérience à (sur)vivre. Merci pour tout. Coeur sur vous tous. A l’année prochaine, pour sûr !

Un dernier gros smack à Damien, Charlotte, Claire, Mathieu, Maximilien, Lambert, Cédric, aux animateurs de Nova et à tous les bénévoles aussi dévoués et souriants qui ont contribué à rendre ce festival d’une rare beauté et intensité !

« Est-ce que c’est bientôt Dour ? »

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