Le week-end dernier s’est tenue à la Grande Halle de la Villette, la 7e édition du Pitchfork festival avec comme d’habitude une programmation qui, sur le papier, avait plutôt de l’allure : Run The Jewels, Palm Trax, Kamasi Washington, Tommy Genesis, The Black Madonna, The Blaze, Loyle Carner, Bicep, Tom Misch, Talaboman…

Il faut l’avouer, je suis un peu un nazi du son et il y a des genres musicaux dans lesquels mes préjugés m’interdisent de foutre un orteil. C’est pour ça que le jeudi -plutôt orienté rock, folk, pop- n’a vraiment rien d’alléchant pour moi à part Chassol, malheureusement programmé trop tôt et Rone. Pourtant, après avoir vu la fin du set de celui-ci, entendu Ride de loin, je tombe sur ma bonne surprise de la soirée, Kevin Morby. En même temps, il n’y a que ça à ce moment là donc je suis bloqué. Alors autant se faufiler au milieu d’une foule clairsemée et essayer de s’ouvrir un peu. Les presque 45 minutes du set passent plus que bien, malgré le couple qui s’embrouille à côté de moi (« Pas maintenant, pas ici ! » dit la femme à son gars pas encore totalement rôti) et les conversations des gens que les bouchons d’oreilles peinent à étouffer. Une fois ces appendices enlevés, la douceur du son de Morby et son costume font  le taf. A mi-chemin entre l’envie de manger un burger sur la route 66 et le sentiment d’être en train de chialer sous une averse londonienne après m’être fait larguer, la nostalgie commence à me souffler doucement dans le cou. Je suis pas venu pour me transformer en chaton, merde ! Du coup je reprends mes esprits en délestant mon cashless d’une pinte, les symptômes disparaissent et je réussis à me dire que je viens de passer un bon moment.

Il est un peu plus de 23h, The National enchaîne sur l’autre scène mais je suis déjà en train de chercher la ressource pour me motiver à partir solo à l’Alter-Party qui commence à minuit, au Trabendo. Au programme Ben UFO, Call Super,  Palms Trax, Abstraxion, Sapphire Slows. Je suis à cet instant presque sobre. On ne va pas se mentir, j’y vais pour le son mais va falloir quand même s’ambiancer. Les points de vie n’étant pas encore une valeur refuge, une fois de plus je passe mon tour pour investir. J’en profite pour remercier les magasins Lycamobile, sponsor officiel de ma soirée en matière d’alcool. Avec eux, jamais besoin d’aller très loin pour se buter. C’est donc avec un flash de whisky, une canette de Coca, mon verre consigné et un pilon de weed, que je reprends en main mon découvert santé. Posé sur un banc en béton en face de la Grande Halle, désormais à Zion avec les Fugees et la bouteille déjà à moitié vide, j’envisage un nouveau passage à l’épicerie. C’est chose faite quelques minutes plus tard et celle que j’appellerais dans la soirée « mon bébé » sera finalement la bouteille de trop. Niveau son, comme prévu c’est Palm Trax et Abstraxion qui retiennent le peu d’attention qu’il me reste, en mettant un tarif roue libre à tout le monde. Entre moments full love et tempête de kicks, je vois mes bras, comme un seul homme, réviser leur géométrie pour le concours Kangourou. Comme quoi tout se paye, même les révisions, parce que le lendemain c’est pas la même limonade.
Les concerts démarrant assez tôt, je n’ai pas la force le vendredi d’aller voir Tommy Genesis. Un de mes gros regrets du week-end pareil pour Kamasi Washington mais c’est physiquement impossible.
Concernant le samedi, Tom Misch met tout le monde d’accord avec une quarantaine de minutes d’envolées funk, parfois à la limite de la deep-house, entrecoupés de moments plus smooth où une fois de plus t’as envie d’être ce type qui distribue des câlins avec sa guitare. Tom Misch, fournisseur officiel de bien-être. Propre.

Même sentiment pour le passage de Loyle Carner de son DJ, Rebel Kleff. Pas radin sur l’énergie ni sur l’interactivité avec le public, le mec n’est pas là juste pour enfiler les tracks et se barrer.

Se barrer, Princess Nokia aurait peut-être du y penser. Je vais pas épiloguer, tout le monde y a déjà été de son couplet, mais quand même c’est abusé. Et vas-y qu’il n’y a pas de basse, que ça place sa voix n’importe comment, que le DJ s’en bat les couilles des transitions, que ça allume des clopes, tire trois lattes et la pose sur la table du DJ (mais tu veux mettre le feu ou quoi?!!)… Un concert en chute libre donc, comme d’ailleurs une bonne partie du public, qui n’attend pas la fin du set pour fuir les lieux. Encore un peu de patience avant la suite : Run The Jewels, The Blaze, Bicep, The Black Madonna et Talaboman. Pareil, je ne vais pas épiloguer. Run The Jewels : l’efficacité à son meilleur. The Blaze : scéno bien stylée avec à certains moments l’impression que Fritz Kalkbrenner va débouler. Bicep : frais mais j’ai pas tout vu parce que j’avais soif. The Black Madonna et Talaboman : je suis parti à la moitié de The Black Madonna, clairement je me suis trop enflammé à l’after du jeudi.

S’il ne fallait retenir qu’une chose de ces trois jours, ça serait cette phrase entendue samedi soir dans les allées : « les gens sont quand même moins beaux que l’année dernière. »

Crédits photos : Vincent Arbelet
Texte : Brice Henry

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