Parce que les mecs talentueux méritent largement d’être supportés, vous retrouvez une nouvelle fois sur ce site une chronique sur Oddisee. Son album « The Good Fight », c’est l’avènement d’un MC, beatmaker se plaçant loin au-dessus la mêlée.

Amir Mohamed el Khalifa, revient aujourd’hui avec un nouvel album plein de promesses dont les titres « Belong To The World », « That’s Love » et « Counter Clock-wise » se sont portés garants. Produits par Monsieur Oddisee en personne, ces morceaux ont su me convaincre dès les premiers beats et vous donneront l’envie de le commander l’album au plus vite. I swear !

ODDISEE QUI ?

Né d’un père Soudanais et d’une mère Afro-Américaine, on entend parler de lui pour la 1ère fois publiquement aux côtés de DJ Jazzy Jeff avec le morceau « Musik Lounge » sorti en 2005. Puis, après des mixtapes, des productions distillées à droite à gauche et des apparitions furtives en tant que guest de luxe, il sort en 2008 son album « 101 », le 1er sous le drapeau Mello Music Group et le début d’une belle aventure entre lui et le label de Tucson, Arizona. Déjà, on retrouve sur cet album des artistes aussi brillants que Flying Lotus, Big Pooh, M.E.D. et Georgia Anne Muldrow. Il enchaînera ce 1er coup de grâce par la sortie de 3 projets en collaboration avec ses petits partners in crime de MMG. « Mental Liberation », « New Money » (avec Trek Life) et « In The Ruff » (avec son crew Diamonds District) font très vite de lui un MC et producteur dont on ne peut plus nier l’inspiration, l’ingéniosité et le style. Empruntant autant à J Dilla qu’à Pete Rock et à la World Music, Oddisee confirme une bonne fois pour toutes avec « Traveling Man », son projet solo sorti en 2010 dont les tracks vous emportent de Tokyo à Brixton en passant par Paris, Khartoum, Detroit et Sao Paolo en un Tour du Monde de 45 minutes top chrono. Joey Badass, Talib Kweli, Apollo Brown, 20syl, Kenn Starr, Marco Polo, Verbal Kent, Eric Lau, voici une pincée d’artistes ayant été convaincu par le brio de cet originaire de Washington. En même temps, qui ne saurait l’être ?

2015, « THE GOOD FIGHT »

Déjà plusieurs mois qu’Oddisee nous préparait à la sortie de ce bel opus. Les préliminaires ayant débutés avec amour et « That’s Love » début mars, nous avions pu retrouver cette ambiance Jazz, Soul légèrement Gospel dans les chords. « Want Something Done » joue plutôt du côté du Hip-Hop East-Coast, à la Gang Starr notamment. Le flow d’Oddisee survole littéralement la prod’ par des lyriques incisifs, bien pensés et qui résonneront dans beaucoup de têtes.

I guess I got to do it all myself,
It’s not a problem, no
Try better off without you now

oddisee-3-

De beaux cuivres et la douce voix de Mumu Fresh aka Maimouna Youssef viennent nous cueillir pour entamer « Contradiction Maze ». Le BPM plus lent que les morceaux précédents ne vient pas ralentir le débit du MC. Au contraire, c’est toujours avec aisance et habileté qu’il balance et dénonce les incohérences de la société dans ce monde. « Feeling like it’s me against the world- It’s the other way around : We polluting and we won’t stop it ».
Battant ses lyrics sur une mesure de 5/4, « Counter Clock-wise » est irrégulier. Cependant, le MC de Washington parvient à garder un équilibre. Équilibre entretenu en ayant apprécié et compris au préalable le clip accompagnant le morceau. Si jamais ce n’est pas le cas, je vous laisse faire un tour du côté de Genius pour éclairer votre lanterne. C’est sur une sonorité de compte à rebours avec des paroles profondes, accentuées d’une reverb lui donnant un air de gourou spirituel que débute « First Choice ». Encore une fois, on peut apprécier la force se dégageant des propos d’Oddisee.

Never was the cool dude
Never was the suave guy
More like the odd one

Jamais abattu, toujours prêt à livrer à la face du monde ses 4 vérités. « Belong to the World » encapsule les individualistes, le place en tant que leader et encourage les plus appréhensifs d’entre nous à s’élever et quitter leur petit coin personnel pour s’ouvrir au monde. Sur un air d’Eric Clapton, Oddisee a ce côté percutant et émouvant à la fois qui nous font l’aimer et écouter en boucle.
« A List of Whitouts » est de ces morceaux rappelant un peu la nonchalance dans le flow de Tyler the Creator et les beats mélancoliques à la Planet Asia. « Book Covers » ensoleille l’album d’une patte magique sur un piano clair. Avec le bon Nick Hakim aux choeurs et de telles instrumentales, ce morceau révèle avec brio le côté musicien d’Oddisee. Entre Boom Bap et East Coast, « Meant It When I Said It » balance dans un côté rétro plus qu’appréciable. Légers scratchs, légères nappes de cuivre et synthés ambiants s’accordent subtilement. C’est beau. L’interlude d’une minute marque un cran d’arrêt avant le retour d’un piano Gospel, les cordes étincelantes de Gary Clark Jr. et la formidable voix de Maimouna Yousef. Pour moi, « What They’l Say » est l’une des plus belles tracks de l’album. The Good Fight se conclut par un tohu-bohu de cuivres et percussions sur lesquelles le MC Londonien Tranqill vient poser son flow trépidant aux côtés d’Oddisee. « Worse Before Better » est une track haletante de 3 minutes au bout de laquelle on finit par entendre le MC de Washington jouer le gourou, le prophète d’une musique et d’un monde qu’il survole et magnifie.

En conclusion, « The Good Fight » est un admirable projet dont on ressort grandi, le sourire jusqu’aux oreilles et l’esprit reposé. Oddisee a su nous transmettre ses good vibes et son message positif, qui malgré tout ce qu’il dénonce, est peut-être ce qu’il faut retenir avant toute chose. Le tout en fait une sorte de Néo-Soul remplie de références musicales et d’ivresse sonore transpirant du micro et des machines de ce génial artiste. Oddisee pour la vie.

Année : 2015
Label : Mello Music Group
Album : The Good Fight
From : Washington DC, USA

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